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Philip ROTH

Personnalités

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Melissa Steinberg Brodsky – Facebook (traduit de l’anglais)

Newark, New Jersey. 1933.

Philip Roth a grandi dans un quartier juif de Newark qu’il passa le reste de sa carrière à décrire et à réécrire sous tous les angles possibles. Il commença ses études à Rutgers, puis fut transféré à Bucknell, où il lança une revue littéraire dans laquelle il publia ses premières nouvelles. Il était jeune, et il était déjà bon. Très bon.

Il progressa rapidement. En 1959, il publia Goodbye, Columbus, un recueil de nouvelles sur la vie de la bourgeoisie juive assimilée dans les banlieues du New Jersey, qui remporta le National Book Award. Tout le monde, au sein de la communauté juive, n’était pas ravi. Une nouvelle publiée dans le New Yorker vers la même époque, « Defender of the Faith » (Le Protecteur de la foi), s’attira les foudres de rabbins et de l’Anti-Defamation League.

Son crime, comme le résuma plus tard un portrait, avait été de créer un personnage juif qui n’était pas parfait.

Roth ne recula pas. Au contraire, il persista de plus belle.

En 1969, il publia Portnoy’s Complaint (Le Complexe de Portnoy), et ce livre transforma sa vie du jour au lendemain. Le roman se présente comme la confession crue et explicite d’un jeune homme à son psychanalyste, évoquant le sexe, la culpabilité et une éducation juive étouffante dont il ne parvient pas à se défaire. L’ouvrage scandalisa de nombreux lecteurs et apporta à Roth une célébrité comme bien peu de romanciers en connaissent. Il posa également la matrice qu’il allait continuer d’explorer pendant les quatre décennies suivantes : un style comique, sans concession, allergique au sentimentalisme, tournant sans cesse autour des mêmes questions sur l’identité, la famille et ce que signifie être juif, américain et tenter de devenir soi-même, tout cela à la fois.

Sa vie privée connut elle aussi son lot de désastres. Il épousa Margaret Martinson en 1959. Ils divorcèrent en 1963 et, cinq ans plus tard, elle se tua dans un accident de voiture. Il se remaria en 1990 avec l’actrice Claire Bloom. Ce mariage se termina tout aussi mal par un divorce, suivi de la parution d’un livre de mémoires dans lequel Bloom dresse de lui un portrait sans pitié. Roth lui répondit de la seule manière qu’il connaissait : par la fiction.

Il continua d’écrire à un rythme effréné. American Pastoral (Pastorale américaine) remporta le prix Pulitzer en 1998. Sabbath’s Theater (Le Théâtre de Sabbath) obtint le National Book Award en 1995. Il remporta le National Book Critics Circle Award, trois prix PEN/Faulkner et, en 2011, le Man Booker International Prize pour l’ensemble de son œuvre. Il n’obtint jamais le Nobel, bien qu’il en fût le favori pendant des années, ce qui, au dire de la plupart des témoins, cessa de le préoccuper bien avant que les autres ne cessent de s’en inquiéter.

Un jour, il expliqua sa démarche aussi bien qu’un écrivain peut le faire : écrire est une frustration, disait-il, tout comme le baseball, où l’on échoue les deux tiers du temps. (Et franchement, je le comprends. Pas pour le baseball, cela dit).

En 2012, il annonça presque l’air de rien que c’était terminé. Plus aucun roman. Il avait dit tout ce qu’il avait à dire. Il s’est éteint à Manhattan en mai 2018, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, après avoir passé près de soixante ans à transformer une enfance à Newark en un monument de la littérature américaine que personne d’autre n’aurait pu écrire.

Un gamin d’un quartier juif de Newark aura passé toute sa carrière à écrire sur des gens comme ceux qui l’avaient entouré dans sa jeunesse, refusant catégoriquement de les rendre sympathiques sur commande, pour finalement devenir ce qui s’apparente le plus au grand romancier américain de son époque.


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