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Paul Newman

Personnalités

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Melissa Steinberg Brodsky – Facebook (traduit de l’anglais)

Shaker Heights, Ohio. 1925.

Paul Leonard Newman naît, second fils d’Arthur Newman, qui tenait un magasin d’articles de sport, et de Theresa Fetzer, élevée dans la foi catholique avant de pratiquer la Science Chrétienne. Les grands-parents paternels de Paul avaient émigré de Hongrie et de Pologne. La famille de sa mère était composée de catholiques slovaques. La famille vivait confortablement, bien assimilée, dans ce que Newman qualifiera plus tard de « banlieue de Cleveland que toutes les autres banlieues américaines aspiraient à devenir. »

Mais le ressenti n’était pas le même quand on était le gamin juif du coin.

On lui refusa l’entrée dans une fraternité du lycée. La raison invoquée ? « Nous ne pouvons pas avoir de frères juifs. » À l’armée, dans la Marine, un camarade matelot utilisa une insulte antisémite et Newman en vint aux mains. Il n’était pourtant pas pratiquant. Il n’avait pas été élevé dans cette foi et n’avait pas fait sa bar mitzvah. Rien de tout cela n’importait aux yeux de ceux qui avaient décidé qu’il était suffisamment juif pour être exclu.

Il décida qu’ils avaient raison.

Lorsqu’il arriva à Hollywood au début des années 1950, les producteurs lui suggérèrent de changer de nom. Newman sonnait trop juif. Quelque chose de plus neutre, lui disait-on, lui ouvrirait davantage de portes. Il refusa. Il porta une étoile de David sur le plateau pendant le tournage d’Exodus en 1960 — le film adapté du roman de Leon Uris sur la création d’Israël — et ne la quitta plus. Il se définira comme juif pour le reste de sa vie.

Quand on le poussait dans ses retranchements en lui faisant remarquer que sa mère était catholique et qu’il n’avait été élevé dans aucune tradition juive, sa réponse était simple :

« Je suis moitié protestant, moitié juif. Mais je me suis toujours considéré comme juif parce que c’est plus difficile. »

Dans ses mémoires posthumes, il confiait ce que sa mère pensait réellement de toute cette histoire : « La seule chose que ma mère ait jamais aimée dans le fait que je sois une star de cinéma, c’est à quel point cela impressionnait la partie juive de ma famille. Elle s’était toujours sentie intimidée par eux. »

La carrière qui suivit est largement documentée. La Chatte sur un toit de brûlant. L’Arnaqueur. Le Plus Sauvage d’entre tous. Luke la main froide. Butch Cassidy et le Gamin. L’Arnaque. Le Verdict. La Couleur de l’argent, qui lui valut enfin l’Oscar en 1987, lors de sa neuvième nomination.

Puis, il y eut l’autre carrière. Celle que personne n’attendait.

En 1977, Newman s’installa pour la première fois au volant d’une voiture de course afin de se préparer pour un rôle au cinéma. Il se découvrit rapide. Pas « rapide pour une célébrité ». Vraiment rapide. Suffisamment pour continuer bien après la fin du tournage.

En 1979, il termina deuxième au classement général des 24 Heures du Mans, l’une des courses d’endurance les plus éprouvantes au monde. Des pilotes professionnels passent toute leur carrière à poursuivre un tel résultat. Newman y est parvenu à un âge mûr, entre deux tournages, dans une seconde carrière dans laquelle il était tombé par hasard.

Il remporta quatre championnats nationaux au sein du Sports Car Club of America. Il cofonda l’écurie Newman-Haas Racing avec Carl Haas, qui devint l’une des plus victorieuses de l’histoire de l’IndyCar, formant des champions et décrochant des titres pendant deux décennies. Il courut dans les rues de Detroit lors du Grand Prix de Detroit, sous la chaleur, dans le trafic, face à des pilotes de trente ans ses cadets, et il restait compétitif.

En 1978, le président Carter le nomma délégué des États-Unis auprès de la Session extraordinaire des Nations Unies consacrée au désarmement, la première conférence mondiale sur le désarmement depuis 1932. Newman se présenta, enchaîna les réunions, donna des interviews depuis son bureau de l’ONU et nota, avec son ironie habituelle, que l’ouverture d’un casino à Atlantic City bénéficiait d’une meilleure couverture médiatique que la première conférence mondiale sur la réduction des armements depuis quarante-six ans. Il qualifia cela de tragique. Il n’avait pas tort.

En 1982, avec son ami l’écrivain A.E. Hotchner, il llança une entreprise agroalimentaire en guise de plaisanterie. Ils mirent en bouteille la vinaigrette de Newman, apposèrent son visage sur l’étiquette et versèrent les bénéfices à des œuvres caritatives. Il n’a jamais eu l’intention d’en faire quelque chose de sérieux. C’est pourtant devenu l’une des marques alimentaires les plus prospères d’Amérique. Newman n’en a rien retiré. Chaque dollar de profit, chaque année, allait à des œuvres de bienfaisance.

Vinrent ensuite les camps The Hole in the Wall Gang (L’Équipe du Rideau de Fer), nommés d’après la bande d’honnêtes hors-la-loi de Butch Cassidy et le Gamin. Newman avait visité des hôpitaux pédiatriques et avait été frappé par ce qu’il y avait vu : des enfants atteints de cancers ou de maladies graves qui ne pouvaient pas aller dans des camps de vacances ordinaires. Il leur en construisit un. Puis un autre. Il existe aujourd’hui 30 camps Hole in the Wall répartis dans 30 pays, accueillant 50 000 enfants par an.

Lorsque son fils Scott mourut d’une surdose de drogue en 1978, Newman fonda un centre de réhabilitation pour toxicomanes en sa mémoire.

Il est mort le 26 septembre 2008 d’un cancer du poumon, dans sa maison de Westport, dans le Connecticut. Les dons issus de Newman’s Own ont dépassé les 500 millions de dollars depuis sa disparition.

Il n’a jamais pris un centime.

Lorsqu’on lui demanda, vers la fin de sa vie, ce dont il était le plus fier, il ne mentionna ni Luke la main froide, ni Butch Cassidy, ni cet Oscar qu’il avait fallu attendre neuf nominations pour obtenir. Il répondit Newman’s Own. Cette entreprise de vinaigrettes commencée comme une blague et devenue un fleuve d’un demi-billion de dollars de dons caritatifs parce que Paul Newman avait décidé que la célébrité était un outil et qu’autant s’en servir.

Il s’est défini comme juif parce que c’était plus difficile. Il a donné parce que c’était juste. Et il ne s’est jamais vanté de l’un ni de l’autre.


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