Faire un don / Payer sa cotisation

Faites un don ou payer votre cotisation à la MCI

Notre communauté à besoin de vous. Votre soutien nous permet de faire vivre la Maison Communautaire Israélite.

Edmond FLEG

Personnalités

theme_actu-en-avt_icn-like theme_actu-en-avt_icn-like Aimer l'article

Véronique CHEMLA – Facebook (lien vers l’article complet en bas de page)

Edmond Fleg (1874-1963) est un intellectuel Juif français engagé dans les combats majeurs contemporains : contre l’antisémitisme, pour la recréation de l’Etat d’Israël, pour des « relations à égalité entre judaïsme et christianisme ».

Cette grande figure de la pensée Juive avait des talents multiples : romancier, essayiste, dramaturge, journaliste, « commentateur des textes sacrés », philosophe, librettiste d’opéra, poète, critique littéraire et dramatique.

Il a assisté au premier Congrès sioniste (39-31 août 1897), à Bâle (Suisse). Le Nouveau Colloque des Intellectuels juifs se tient les 5 et 6 décembre 2021 à Paris et a pour thème « Privé/public. Où sont les frontières ? »

Edmond Flegenheimer est né en 1874 à Genève (Suisse) dans une famille israélite assimilée qui avait quitté l’Alsace après la guerre franco-allemande en 1870. Il s’installe à Paris où il poursuit ses études couronnées par l’agrégation d’allemand.

C’est un représentant du « franco-judaïsme, un mode spécifique d’être juif, de penser propre au judaïsme, depuis le Grand Sanhedrin jusqu’à la Shoah, qui repose sur un postulat philosophique simple, c’est l’idée selon laquelle la loi juive et celle de la société ont les mêmes ressorts, le même souffle, le même esprit. C’était un judaïsme désincarné, émondé de tout ce qui ne collait pas avec l’esprit de la République », note le philosophe Bernard-Henri Lévy.

Cet Israélite français redécouvre sa judéité lors de l’affaire Dreyfus et l’approfondit par l’étude.

Ce patriote s’engage dans la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale.

Sa vie est marquée par « trois gestes, trois déplacements essentiels » selon Bernard-Henri Lévy.

Premier geste, celui du « retour au judaïsme, aux textes » qui apparaît dans ses écrits : Anthologie juive (1923), Anthologie de la pensée juive, la fresque poétique – Ecoute Israël, L’Eternel est notre Dieu, L’Eternel est Un, Et tu aimeras l’Eternel -, une traduction de la Bible en français (Le Livre du Commencement : la Genèse (1946) et Le Livre de la sortie d’Egypte en 1963)

Son livre émouvant et lyrique, Pourquoi je suis juif (1927), est dédicacé à son « petit-fils qui n’est pas encore né » et malheureusement ne naîtra pas : en 1940, décèdent ses deux fils, l’un sur le front et l’autre à Paris. Dans cet acte de foi, il expose avec ferveur les raisons de son attachement au judaïsme, son admiration pour le peuple juif fidèle à sa foi qui a survécu aux « Pharaons, à Nabuchodonosor, à Constantin, à Mahomet, à l’Inquisition et à l’assimilation ».

En décembre 1945, Edmond Fleg mène une liste pour la direction du Consistoire central. Cette liste, où figure le baron Guy de Rothschild, promeut un judaïsme plus moderne.

Avec Léon Algazi, Edmond Fleg initie en 1957 les colloques des intellectuels juifs de langue française dont la réflexion est centrée sur ce que signifie le judaïsme dans la France contemporaine. Des colloques liés à leur début à l’école d’Orsay.

Deuxième geste accompli par Edmond Fleg, c’est « un séisme intellectuel » : la question des rapports entre le judaïsme et le catholicisme. Avant Edmond Fleg, c’est « l’idée que le judaïsme est un reliquat dont le catholicisme triomphera » (Bernard-Henri Lévy). Edmond Fleg écrit l’essai Jésus raconté par le Juif errant (1933, puis dans sa version définitive en 1953).

En 1948, Edmond Fleg est l’un des fondateurs, au côté de l’historien Jules Isaac (1877-1963), de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France afin d’établir des « relations d’égalité entre les deux religions ».

Troisième geste : le sionisme d’Edmond Fleg, qui l’incite à assister au premier congrès sioniste à Bâle (Suisse) en 1897 :
« J’écoutais tant de talents, d’éloquence, de foi. Mais surtout je regardais. Que de contrastes juifs autour de moi : ce Polonais tout blême, avec ses pommettes osseuses. Cet Allemand à lunettes. Ce Russe au regard d’ange. Ce Persan barbu. Ce glabre Américain. Cet Egyptien coiffé du fez et, là, ce fantôme Noir, immense dans son immense caftan, avec son bonnet de fourrure et les boucles pâles qui tombaient de ses tempes.

Et devant tous ces visages étrangers, il m’arriva ce qui devait m’arriver : je me sentis juif, très juif, mais je me sentis aussi très français, français de Genève, mais français. Je savais très bien maintenant que le programme sioniste n’impliquait nullement le retour en Palestine de tous les juifs. Chose numériquement impraticable. La patrie juive ne s’offre qu’aux juifs qui ne croient point en avoir d’autres…

Trois millions de juifs parleront l’hébreu, vivront l’hébreu sur la terre de l’hébreu. Mais pour les 12 millions de juifs qui resteront dispersés dans le monde, pour tous ceux-là et pour moi-même, la question tragiquement restait posée : qu’est-ce que le judaïsme ? Que doit faire un juif ? Comment être juif ? Pourquoi être juif ? » (Pourquoi je suis juif).

Avec notamment le philosophe Victor Basch, Edmond Fleg fonde « les premières institutions du sionisme français. Un sionisme philanthropique, humanitaire, intense qui doit être interconfessionnel », rassemblant athées et croyants, Juifs et non-Juifs. Une « utopie magnifique » dont Edmond Fleg parle avec Albert Cohen, jeune fonctionnaire de la SDN (Société des nations) et écrivain.

Un « chantre du peuple Juif »
Edmond Fleg est l’auteur d’une œuvre composée aussi de romans – L’enfant prophète (1926) -, de pièces de théâtre – Le Juif du pape (1925), La maison du bon Dieu (1920), Le trouble-fête -, et de livrets d’opéra – Macbeth (1909), avec le compositeur suisse Ernest Bloch et Œdipe (1923-1930) avec le compositeur et maestro roumain Georges Enesco (1881-1955). Achevée en 1931, cette tragédie lyrique a été créée en 1936 à l’Opéra Garnier (Paris).

La comédienne Madeleine Ozeray a lu plusieurs de ses poèmes, en particulier La vision d’Elohim, Moïse, Le fleuve des sanglots pour un disque sorti en 1960 chez Palladium.

Edmond Fleg meurt en 1963 dans un immeuble parisien du quai aux Fleurs, là où a vécu un autre philosophe Vladimir Jankélévitch.

On ne peut qu’espérer qu’Edmond Fleg devienne, si ce n’est un modèle, du moins un inspirateur et un guide pour la jeunesse juive qui fréquente les centres portant son nom, et parmi elle les futurs leaders de la communauté juive française.

Une jeunesse, cible de l’intérêt d’Edmond Fleg, président d’honneur dès les années 1920 des Eclaireurs israélites de France (EIF) qui a donné le nom de son mentor prestigieux à une forêt en Israël.

Sens, revue mensuelle l’Amitié Judéo-Chrétienne de France a publié son numéro de juillet-août 2011 intitulé Correspondances avec Edmond Fleg.

A l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, le Centre Fleg de Marseille lui a rendu hommage par des conférences le 13 octobre 2013 et par une exposition (11 octobre-14 novembre 2013). Ce 13 octobre 2013, l’association œcuménique Charles-Péguy et l’Amitié judéo-chrétienne de Strasbourg présentent Edmond Fleg et Jules Isaac, les fondateurs juifs de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, une « journée de rencontres et de réflexions » au Munsterhof (9 rue des Juifs, Strasbourg).

Le 20 novembre 2016, de 9 h 30 à 17 h, à la synagogue rue Copernic, l’ULIF (Union libérale israélite de France) proposa une journée d’étude dédiée à Edmond Fleg, poète juif de la fidélité et de l’espérance et organisée par Jacqueline Cuche, Danielle Delmaire, Olivier Rota et l’ULIF. « L’organisation de cette journée d’étude est motivée par un constat : la contribution décisive d’Edmond Fleg (1874-1963) à la renaissance spirituelle du judaïsme français dans les années vingt et trente, puis sa participation à la fondation d’une amitié judéo-chrétienne après-guerre, ont progressivement sombré dans l’oubli depuis les années soixante ».

« L’oeuvre de Fleg, qui se divise entre oeuvres poétiques et littéraires d’une part, et essais historiques et philosophiques d’autre part, fut pourtant décisive dans le réveil du judaïsme français de l’entre-deux guerres, et plus encore dans sa recomposition d’après-guerre. Alors que la religion juive prenait de plus en plus la voie d’une survivance vouée à la disparition, Edmond Fleg a pu apparaître aux yeux de ses contemporains comme le porte-étendard d’un judaïsme vivant, tout à la fois novateur et ancré dans la tradition d’Israël ».

« Edmond Fleg a produit tout au long de sa vie une pensée originale et consistante du judaïsme. Son parcours rappelle celui de nombreux autres Juifs nés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Alors que son cheminement intellectuel et artistique l’éloignait toujours plus du judaïsme de ses pères, Fleg fut interpellé dans sa judéité par le déferlement antisémite qui accompagna l’affaire Dreyfus au moment du procès de Rennes.

L’année 1899 marque pour lui un point de départ dans sa réappropriation d’une identité juive. À la même période, Fleg rencontre Bernard Lazare : l’une des grandes figures du dreyfusisme, et l’auteur de plusieurs brochures sur le sionisme. Enthousiasmé par le compte rendu sténographique que Lazare a produit du premier Congrès de Bâle, Fleg assiste au troisième Congrès sioniste d’août 1899. Convaincu par les arguments du sionisme politique, il y découvre des perspectives capables de mobiliser ses énergies intellectuelles et morales. Fleg lit le retour à Sion comme une étape dans les réalisations des promesses messianiques ».

L’engagement de Fleg pour un judaïsme moderne et sioniste passe par une vision de plus en plus ample de l’espérance d’Israël. En quoi consiste cette espérance ? L’espérance n’est pas pour Fleg une « théorie abstraite ». On ne peut l’enfermer dans aucune formule sans en dénaturer l’action et la rendre stérile. Si l’espérance a un contenu, il faut le trouver dans la souvenance, c’est-à-dire dans la mémoire des Promesses bibliques et l’annonce d’un règne de justice et de paix.

Si cette espérance a un visage, c’est celui du Messie, qui est « espérance de la terre, espérance des hommes, espérance de Dieu qui veut comme les hommes et la terre, le règne de Dieu sur le monde et les hommes ». L’espérance fléguienne met en évidence le caractère annonciateur de la Parole divine. L’espérance est un horizon large comme Dieu ; un horizon vers lequel on peut se diriger, dès lors qu’on « se fait présent à l’avenir » et que l’on se laisse porter par le rêve d’Israël : celui d’une humanité unie à nouveau comme au premier jour ».

Les 13 et 14 décembre 2016, le Collège des études juives et de philosophie contemporaine – Centre Emmanuel Lévinas de l’université Paris-Sorbonne organisa le nouveau colloque des intellectuels juifs de langue française sous la thématique « Survivre. Résister – Se transformer – S’ouvrir ».

« Lorsqu’ils voient le jour à la fin des années 1950, réunissant André Neher, Edmond Fleg ou Emmanuel Levinas, les Colloques des Intellectuels juifs de langue française ont vocation à réaffirmer, quelques années après la Shoah, la présence des juifs dans l’histoire. Ses fondateurs partent d’un double postulat. Tout d’abord il n’existe pas de judaïsme sans une référence à l’existence concrète d’un homme juif. Le second postulat n’est pas moins riche de conséquences. Il repose sur la certitude que c’est au sein de l’histoire que se joue l’existence juive. L’histoire n’est pas un accident ; elle est l’essence même de la condition juive ».

« C’est cette certitude partagée qui nourrit aujourd’hui la volonté de relancer les Colloques des Intellectuels juifs. Face à la violence, au terrorisme, à la mondialisation et aux nouveaux visages du politique, les Nouveaux Colloques des Intellectuels juifs ont pour ambition, à la lumière d’une actualisation de la tradition juive, de dessiner les voies d’un nouvel engagement de la pensée et d’une réponse aux problèmes nés de notre modernité ».

« C’est par la question de « Survivre » que nous ouvrons cette nouvelle page d’histoire des Colloques des Intellectuels juifs de langue française. « Survivre » ne s’entend pas seulement comme un dernier sursaut face aux soubresauts de l’histoire, mais comme une réflexion qui prend son inspiration et son élan au cœur de la tradition et de ses différentes modalités de transmission ».

Le « legs intellectuel des grandes personnalités qui ont fait l’histoire du colloque des intellectuels juifs est aujourd’hui transmis à une génération de philosophes, écrivains, historiens, talmudistes et théologiens qui furent les témoins des grandes heures de ces colloques. C’est donc tout naturellement que nous nous inscrivons dans cet héritage et que nous souhaitons en assumer la pérennité et le renouvellement ».

Lien vers l’article complet : https://www.veroniquechemla.info/2010/02/edmond-fleg-1874-1963-chantre-sioniste.html?fbclid=IwY2xjawUDyYJwZG9mBWV4dG4DYWVtAjEwAHNydGMGYXBwX2lkEDIyMjAzOTE3ODgyMDA4OTIAAR6TPjl8e0dTr0Adnf2Vo3C0j8HieLuMFqSegFSMH-I95cL-YECdNOlk29ha0w_aem_-v0JLE5TMW__eKi6mRYMoQ


0

0

Partager l'article :