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Monsieur Chouchani

Religion

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Wikipedia (lien vers l’article intégral en bas de page)

Monsieur Chouchani (en hébreu : מר שושני Mar Chouchani) est un rabbin, philosophe, talmudiste et maître à penser juif, né à la fin du XIXe siècle (peut-être le 9 janvier 1895) possiblement à Brest-Litovsk (Empire russe) et mort à Montevideo le 26 janvier 1968 (le 26 Tevet 5728 dans le calendrier hébraïque). Il enseigne dès avant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, de nombreux rabbins, philosophes et écrivains, comme Léon Askénazi, Emmanuel Levinas, Raymond Cicurel, Shalom Rosenberg ou Elie Wiesel, se réclament de son enseignement. Il est considéré comme une figure majeure de la vie intellectuelle juive du XXe siècle.

Comme il aime à cultiver le secret, la date et le lieu de sa naissance ainsi que les circonstances de sa vie jusqu’aux années 1930 demeurent une énigme. De fait, « Chouchani » semble n’être qu’un pseudonyme qu’il se serait choisi, et ses disciples et les enquêteurs ne peuvent qu’émettre des conjectures sur sa véritable identité. Ainsi, les noms de Mordechai Rosenbaum, Hillel Perlman ou Bensoussan ont été proposés, mais les recherches récentes tendent à privilégier la piste Hillel Perlman. Sa mémoire prodigieuse est en revanche attestée, ainsi que l’étendue de ses connaissances, qu’elles concernent le Talmud, la philosophie ou les sciences comme les mathématiques et la physique nucléaire.

La fascination qu’il exerce par ses capacités intellectuelles et le mystère qu’il entretient autour de sa personne contribuent à faire de Monsieur Chouchani une légende de son vivant et plus encore après sa mort.

Biographie : une identité mystérieuse
Le véritable nom de M. Chouchani est sujet à spéculations, même pour ses disciples qui font différentes hypothèses. Selon le professeur Shalom Rosenberg de l’université hébraïque de Jérusalem, il s’appellerait Hillel Perlman. Rosenberg affirme que Chouchani lui a raconté avoir effectué un voyage au départ de Jérusalem vers les États-Unis au début des années 1920. Or, il établit un parallèle entre cette information et un courrier datant de 1915 environ, dans lequel le rabbin de Jérusalem Abraham Isaac Kook demande au rabbin Meir Bar-Ilan, à Cincinnati, d’accueillir un de ses étudiants nommé Perlman. Par ailleurs, dans un article paru en janvier 2018 pour le cinquantième anniversaire de la disparition (en yiddish : yortsayt) de M. Chouchani, Yael Levine présente une photographie de Hillel Perlman prise vers 1912 pendant ses études dans la yechiva du rabbin Kook à Jaffa : la comparaison avec les photographies connues de Chouchani suggère, pour certains, que Perlman est bien Chouchani.

De son côté, Elie Wiesel mentionne dans ses écrits que son véritable nom est Mordehaï Rosenbaum. Ce dernier nom expliquerait le surnom Chouchani qu’il se serait en fait lui-même choisi : en hébreu Shushan (שושני) et Rose en yiddish signifient tous deux « rose ». Néanmoins, sur la base de ses recherches en 2015, Yael Levine affirme qu’Elie Wiesel savait que son maître était bien Hillel Perlman : il l’aurait appris du neveu de Chouchani, le rabbin Mintz, lors d’une rencontre avec lui quelques mois après la mort de Chouchani. Le silence de ce neveu, qui ne fait ni publication ni communication officielle sur ce qu’il sait, pose question. Elie Wiesel en fait de même mais explique qu’il tait la véritable identité de son mentor par fidélité à sa mémoire.

Il serait né à la fin du XIXe siècle : vers 1890 pour les uns ou plus précisément le 9 janvier 1895 pour d’autres. Son lieu de naissance varie également selon ses disciples et les chercheurs : Tanger au Maroc, Safed dans l’Empire ottoman (aujourd’hui en Israël), Brest-Litovsk dans l’Empire russe (aujourd’hui en Biélorussie), Pologne ou Lituanie.

Son visage est connu par six photographies d’identité prises à quatre âges différents. Chouchani est souvent décrit comme d’apparence sale et miséreuse.

Enfin, il ne laisse aucun écrit qui aurait pu témoigner de son identité ou de ses voyages. Néanmoins, Elie Wiesel atteste posséder des manuscrits de Chouchani mais qui demeurent, selon lui, « indéchiffrables », et d’autres manuscrits sont en possession de Shalom Rosenberg.

La vie de Monsieur Chouchani avant la fin de la Seconde Guerre mondiale est difficile à retracer. Il n’existe en effet que peu voire pas de témoignages directs ou de documents. Finalement, sa vie n’est connue qu’à travers les récits que lui-même en fait après le conflit auprès de ses disciples, récits qui peuvent être variables voire contradictoires.

Très jeune, Chouchani impressionne par ses capacités exceptionnelles de mémorisation. Ainsi, son père l’aurait montré comme phénomène de foire pour en tirer profit. Dès cet âge, il est réputé connaître la Bible et le Talmud par cœur. Elie Wiesel fait de cette mémoire prodigieuse l’origine possible de la fortune du jeune Chouchani.

Si Chouchani est bien Hillel Perlman, il étudie dans les années 1910-1914 auprès du rabbin Abraham Isaac Kook dans une yeshiva à Jaffa en Palestine alors ottomane. Peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il émigrerait aux États-Unis, peut-être, selon l’hypothèse de son disciple le professeur Shalom Rosenberg, pour étudier sous la direction du rabbin Meir Bar-Ilan alors établi à Cincinnati. Il y demeure plusieurs années mais y perd la plus grande partie de sa fortune dans le krach de 1929. Il aurait un temps fréquenté à Berlin les cercles de Menahem Mendel Schneerson, futur Rabbi de Loubavitch (1902-1994), qu’il rencontrera de nouveau à Paris, en 1947, chez le cousin de ce dernier, le rabbin Schneour Zalman Schneersohn, au 10, rue Dieu, dans le Xe arrondissement de Paris près de la place de la République.

Au milieu des années 1930, sa présence est ensuite attestée à Strasbourg par plusieurs témoins qui le prennent alors pour un mendiant.

Selon le témoignage du psychiatre Joseph Biéder, qui fait alors ses études secondaires à l’ École Maïmonide (Boulogne-Billancourt), Chouchani y est employé comme homme de ménage et y lave les vitres.


Durant la Seconde Guerre mondiale, il se trouve en France, alors occupée par l’Allemagne nazie. Chouchani évoque devant ses étudiants deux épisodes concernant cette période : en 1940, arrêté par des soldats allemands qui constatent qu’il est circoncis, il aurait réussi à se faire libérer en leur récitant le Coran et donc en se faisant passer pour musulman ; plus tard, selon ce qu’il raconte à Shalom Rosenberg, il obtient sa libération en se faisant passer pour un professeur allemand de mathématiques devant un officier, lui-même enseignant cette discipline dans le civil. Dès lors, il parvient à rejoindre la Suisse et y demeure jusqu’à la fin des hostilités.

Après la Seconde Guerre mondiale, il revient en France en 1945 et s’installe à Paris. C’est à partir de cette date qu’il commence son activité professorale qui lui vaudra un immense prestige. Il enseigne notamment à Elie Wiesel et à Emmanuel Levinas. Il vit alors de leçons particulières de mathématiques et de physique, et il enseigne le Talmud. Interrogé par la suite sur les moyens de subsistance de son maître, Emmanuel Levinas se souvient que, parfois, « un riche amateur issu des communautés détruites des juiveries de l’Europe orientale […] le confisquait […] et lui assurait, en échange de son discours, lit, table et domestiques ». En outre, Elie Wiesel estime que l’idée d’un Chouchani parfaitement pauvre est à relativiser puisqu’il affirme avoir trouvé un jour par accident de l’or et de l’argent dans ses affaires.

En 1952, à l’aide d’une fausse carte d’identité, Chouchani quitte la France pour Israël. Là, il enseigne plusieurs années dans des kibboutzim religieux, du mouvement mizrahi tels Be’erot Yitzhak, Sa’ad ou Sdé Eliahou.

En 1955, il part pour l’Uruguay à l’invitation d’un de ses étudiants. C’est à cette époque qu’il rencontre Shalom Rosenberg et lui dispense son enseignement. Il y demeure treize ans après une tentative infructueuse pour se rendre à Buenos Aires, en Argentine.

Il meurt d’une crise cardiaque à Montevideo le vendredi 26 janvier 1968, comme l’indiquent le registre de décès et l’épitaphe portée sur sa pierre tombale. Sa mort survient lors d’un stage où il enseigne le Talmud aux membres d’une organisation de jeunesse sioniste religieuse, le Bnei-Akiva, en compagnie de son ami Shalom Rosenberg qui est alors étudiant en pensée juive à l’université hébraïque de Jérusalem. Les circonstances exactes diffèrent légèrement selon celui qui les rapporte : dans Tous les fleuves vont à la mer, Elie Wiesel indique qu’il meurt au beau milieu d’un cours, laissant « tomb[er] sa lourde tête sur l’épaule d’une étudiante » ; de son côté, le journaliste Salomon Malka indique que Chouchani meurt après les cours alors qu’il mange seul dans sa chambre d’hôtel. Néanmoins, les deux auteurs s’accordent sur une mort située après le début de Shabbat.

Bien que le lieu véritable de son enterrement soit parfois discuté, Chouchani est réputé reposer à Montevideo et Elie Wiesel prend en charge les cérémonies. C’est ce dernier qui rédige en hébreu l’épitaphe que porte sa pierre tombale :

« Le rabbin et sage Mordeshaï Chouchani, que son souvenir soit béni. Sa naissance et sa vie sont nouées et scellées en énigme. Décédé le sixième jour de la semaine Erev Shabbat Kodesh, 26 Tevet 5728 ».

Les éléments d’une légende et les secrets d’une identité.
Les éléments d’identité de M. Chouchani demeurent inconnus et il apparaît même, selon les témoignages, qu’il fait preuve d’une attention jalouse à ne pas les révéler : ainsi refuse-t-il de participer à tel rite qui l’aurait obligé à dévoiler son nom. En outre, aux dires de personnes déclarant appartenir à sa famille — mais sujets à caution selon Salomon Malka qui les a recueillis —, Chouchani leur aurait expressément demandé de ne plus le contacter ni le rechercher.

À sa mort, une fois encore, le mystère de son identité persiste puisqu’il est enregistré sous trois noms différents dans le registre de décès : Mardoqueo Bensoussan, Chouchani et Ohnona, le nom de jeune fille de la mère de Bensoussan. De plus, un quatrième nom est noté dans la marge, en hébreu cette fois : Mordehaï Ben Sasson.

Une mémoire exceptionnelle
Élément qui contribue à faire naître et à entretenir l’aura de légende qui entoure Monsieur Chouchani, sa mémoire exceptionnelle frappe d’emblée toute personne qui le rencontre : elle est décrite comme photographique et absolue. Elle lui permet ainsi de retenir le contenu de tout livre qu’il lit, comme le Talmud : Elie Wiesel raconte ainsi que Chouchani est capable de réciter la suite de toute partie du texte quand on en lui donne les premiers mots. De la même manière, il est supposé avoir appris le vocabulaire du français en s’enfermant quinze jours dans une chambre d’hôtel pour mémoriser un dictionnaire.

Pourtant, cette capacité exceptionnelle d’hypermnésie ne constitue pas ce qui retient ses disciples auprès de lui. Sa mémoire se double en effet d’une intelligence lui permettant de faire des liens entre tous les éléments de son savoir.

Un infatigable voyageur
On retrouve des témoignages du passage de Chouchani dans pratiquement toutes les régions du monde : en Asie (Inde), en Europe (Europe orientale (dans son enfance), Allemagne (années 1920), France (années 1930, puis dans l’après-guerre), Suisse (durant la guerre), en Afrique du Nord et au Proche-Orient (Tunisie, Maroc, Algérie, Palestine ottomane puis mandataire (années 1910-1920), en Amérique (États-Unis (années 1920), Uruguay (1955-1963), etc. Et en France même, on le signale à Strasbourg, Paris, Taverny et Annemasse. Pour ce faire, il utilise des faux papiers d’identité. Ainsi on lui connaît au moins un faux extrait de naissance établi à Casablanca en 1952 avec l’aide d’Émile Sebban (1922-2013), alors directeur de l’École normale hébraïque de Casablanca. Par ailleurs, il est établi qu’il est hyperpolyglotte : il parle couramment et sans accent plus d’une dizaine de langues dont le français, l’allemand, l’hébreu, différents yiddish, l’anglais, l’arabe, l’espagnol et comprend le ladino, le russe, le hongrois, etc.

La raison de ce perpétuel besoin de mouvement demeure inexpliquée : « D’où venait-il ? […] Que cherchait-il à atteindre ? », demande Elie Wiesel avant d’avouer son ignorance. Parmi les diverses hypothèses, on peut trouver : une enfance tellement vagabonde qu’il n’aurait jamais connu d’autre mode de vie ; la fuite du souvenir d’une enfance malheureuse ou d’un drame familial ; le besoin inextinguible de se faire de nouveaux disciples.

Un être dérangeant
Chouchani ne laisse jamais ses semblables indifférents par sa personnalité dérangeante. En effet, il apparaît souvent comme un être de contradictions : il projette volontairement l’image d’un vagabond sale mais il fait preuve d’une attention maniaque pour l’hygiène alimentaire, refusant ainsi que quiconque touche à sa nourriture ; il aime la transmission de son savoir mais il est souvent exaspéré par l’ignorance de ses élèves. De fait, il n’accepte que ses propres règles dans sa relation aux autres : ainsi n’hésite-t-il pas à se servir dans les affaires d’autrui, quand il s’agit d’un livre, pouvant laisser croire qu’il est kleptomane. De la même manière, il apparaît souvent ingrat et sans reconnaissance pour ce qu’on peut lui offrir. Enfin, élément le plus dérangeant, il discute tellement le texte que la réalité de son orthopraxie est parfois remise en cause, voire sa judéité.

Un personnage à dimension mythique
Chouchani est parfois comparé au prophète Élie dont la venue annonce la fin du monde et à qui une chaise est réservée lors de la cérémonie de la circoncision (L’inscription en hébreu indique « Voici la chaise d’Élie, que l’on se souvienne de lui pour le bien »).
La personne de Chouchani est tellement mystérieuse que nombre de ceux qui le rencontrent le comparent avec des figures mythiques historiques ou religieuses.

La première figure est celle du Juif errant. En effet, Chouchani se présente la plupart du temps comme un vagabond, sale, hirsute et mal habillé. Il apparaît dans telle ville de tel pays de façon inattendue et disparaît du jour au lendemain sans prévenir, comme en témoigne Emmanuel Levinas. Pour toutes ces raisons, il est souvent qualifié de Luftmensch, terme yiddish qui signifie « homme suspendu en l’air ». Néanmoins, l’emploi de ce terme est vigoureusement critiqué par Elie Wiesel pour son aspect péjoratif ; il lui préfère l’appellation plus connue de « Juif errant ».

Manitou qui le rencontre dans les années 1950 dit de lui : « Il y avait des gens qui disaient : il est 50% fou et 50% génie – mais c’est faux. Il était 100 % génie et 100% fou ! ».

Sa connaissance et le questionnement qu’il induit chez ses auditeurs les amènent à évoquer un philosophe comme Socrate. Mais « un Socrate sans Platon », précise Shalom Rosenberg, parce que, contrairement au philosophe antique, il n’a pas de disciple à même de lui répondre.

Enfin, plusieurs témoins qui l’ont rencontré n’hésitent pas à le comparer au prophète Élie, un prophète attendu dans la tradition juive avant le Jugement dernier tel que le décrit le Livre de Malachie. Elie Wiesel ressent ainsi cet espoir dans les premiers temps de sa rencontre avec Chouchani : « J’ai toujours vécu dans l’attente, d’abord du prophète Élie qui se promène dans le monde toujours déguisé, jamais reconnaissable, n’ayant jamais l’air d’un prophète. Il a l’air de quelqu’un qui n’est pas prophète. […] Donc, j’attendais le prophète Élie et je dois avouer que lorsque j’ai vu Chouchani pour la première fois, je me suis dit : C’est peut-être lui !, bien que pour le prophète Élie, données et indications n’insistent jamais sur son savoir ».

Lien vers l’article intégral : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Chouchani


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