Karaïsme
Religion
Publié le 2 janvier 2026
Wikipedia (lien en fin d’article)
Le karaïsme (en hébreu : קראות qaraout ; peut aussi s’écrire caraïsme, qaraïsme ou charaïsme) est un courant du judaïsme scripturaliste, car fondé sur la seule Miqra, c’est-à-dire la Bible hébraïque et le refus de la Loi orale. Il est donc en opposition au judaïsme rabbinique. Ses adhérents sont appelés les juifs karaïtes (hébreu : בני המקרא bnei haMiqra, « fils de la Miqra »), historiquement aussi orthographié qaraïtes ou caraïtes, et forment une communauté ethnique et religieuse.
Les premières mentions des karaïtes remontent au IXe siècle et font référence au mouvement fondé en Babylonie par Anan ben David un siècle plus tôt, bien que des mouvements karaïtes moins importants aient pu le précéder. Le karaïsme connaît un âge d’or du IXe siècle au XIe siècle et aurait, selon certaines sources, été adopté par 40 % de la population juive mondiale, aussi bien en Europe que dans le monde arabe. Son influence décline ensuite progressivement mais des communautés se maintiennent au Caire, en Crimée, en Lituanie et ailleurs.
Aujourd’hui il y a 30 000 karaïtes dans le monde et environ 20 000 à 25 000 en Israël.
Les samaritains (le samaritanisme est apparenté au judaïsme), qui se réclament des Samaritains du Ier siècle, refusent quant à eux la centralité de Jérusalem. Ils ne sont plus que quelques centaines.
À la base du karaïsme se trouve l’adhésion à la seule loi religieuse écrite (Bible hébraïque), et non à la tradition orale héritée. Les karaïtes ne rejettent pas tant les Talmuds (corpus consignant la tradition orale juive) et les rabbins que la nature supposée révélée par Dieu du Talmud et le monopole des rabbins en matière de halakha et d’exégèse des textes saints.
La version de la loi religieuse écrite reconnue par les karaïtes est strictement identique à celle des rabbanites : c’est le tanakh hébraïque tel que fixé par les massorètes. Selon le site internet de l’association des karaïtes américains (Karaite Jews of America), « les karaïtes, comme tous les Juifs, reconnaissent tout le Tanakh, la Bible hébraïque, c’est-à-dire non seulement le Houmach ou Pentateuque, mais aussi, les Livres des Prophètes (Nevi’im), et les Livres hagiographes (Ketouvim) ».
Dans d’autres domaines, comme la théologie, existent généralement de fortes similitudes, même si certains groupes européens ont développé des innovations.
Enfin, des détails rituels séparent les deux groupes, mais aussi les communautés karaïtes entre elles. En effet, eu égard au principe fondamental de l’interprétation personnelle des textes saints, les principes et rituels du karaïsme peuvent varier d’un groupe à un autre, voire entre personnes, au moins dans une certaine mesure. Le karaïsme est donc un mouvement religieux bien moins homogène que le judaïsme rabbinique auquel il s’oppose, et c’est ce rejet du rabbinisme qui le fédère.
La Bible témoigne dès l’époque de Néhémie du recours constant à l’exégèse du Texte afin de restaurer des rites « oubliés ». On discerne aussi depuis le IIIe siècle avant l’ère commune au moins une tendance de certains à se fier à la Torah orale, une tradition exégétique orale, source de traditions et de commandements non inclus de façon explicite dans la Torah écrite, bien que remontant selon ses partisans à Moïse sur le Sinaï. Cette tendance s’exprimait au Ier siècle avant l’ère commune à travers le mouvement pharisien, auquel s’opposait vigoureusement le parti sadducéen, dont les rangs étaient formés par la noblesse sacerdotale. Les Sadducéens (dont certains karaïtes, mais pas tous, considèrent être les successeurs), n’accordaient aucun crédit à toute source autre que la Torah écrite (Pentateuque) pour déterminer la loi religieuse. L’affrontement entre pharisiens, précurseurs du judaïsme orthodoxe actuel, et sadducéens tourna brutalement à l’avantage des premiers à la chute du Second Temple de Jérusalem en 70 EC. En effet, les sadducéens étaient un groupe sacerdotal lié au Temple de Jérusalem, tandis que la doctrine des pharisiens permettait de faire reposer le culte non seulement sur le Temple, mais aussi sur la prière et l’étude. Il n’est cependant pas impossible que des factions sadducéennes isolées et minoritaires aient subsisté.
Complément à la Torah écrite, la Torah orale fit pendant longtemps l’objet d’une interdiction de mise par écrit, destinée à la maintenir dynamique. Mais de peur qu’elle soit perdue (la Michna), elle fut consignée par écrit en plusieurs étapes. La première consista au IIe siècle de l’ère commune à rédiger la Mishna et la Tosefta. La Mishna « se présente comme un code de loi, en quelque sorte les décrets d’application de la législation biblique », et la Tosefta en représente un premier commentaire. À ces deux textes se rajoute la Baraïta, qui demeura orale et regroupa les traditions non-compilées dans la Mishna.
Chaque article de la Michna fut lui-même l’objet de commentaires oraux entre le IIe et le Ve siècle, qui furent compilés dans la Guemara. « C’est à l’ensemble Mishna (lois) et Gémara (commentaire des lois) que l’on donna le nom de Talmud » aux IVe et Ve siècles, en deux versions : les Talmuds de Babylone et de Galilée ».
Cependant, si le pharisaïsme avait été établi en norme après la destruction du Second Temple de Jérusalem, le principe sur lequel il reposait, à savoir la validité de la loi orale, était loin de faire l’unanimité. Outre les sadducéens, pour lesquels la Torah orale compilait des traditions populaires sans valeur religieuse, il existait d’autres courants scripturalistes non-sadducéens qui constituent sans doute le soubassement historique du karaïsme. Des recherches récentes, fondées sur les témoignages d’auteurs anciens non-juifs relatifs au judaïsme, en particulier Juvénal étudié par P. Nahon, ont montré que le judaïsme occidental des premiers siècles de l’ère chrétienne reposait sur une tradition distincte et indépendante des courants interprétatifs orientaux qui ont donné naissance aux Talmuds. De ce fait, les karaïtes furent non des dissidents, mais des Juifs attachés à leur tradition ancienne et qui ont refusé les innovations que les rabbins babyloniens talmudistes sont venus apporter dans l’Antiquité tardive.
Le karaïsme ne reconnaît qu’Élohim comme dieu, les prophètes du Tanakh (Bible hébraïque) comme Ses seuls envoyés, et leurs paroles comme la seule parole de Dieu. Il conteste la Torah orale car elle se présente comme révélée, donc d’autorité équivalente. Il n’est ni interdit, ni même forcément déconseillé de la suivre (sauf pour les passages que les karaïtes considèrent en contradiction avec le texte écrit), mais ne pas la présenter comme d’origine humaine mettrait gravement en danger la primauté de la parole divine, et serait en contravention au précepte édicté dans le Deutéronome de ne rien ajouter ni retrancher à la Loi.
Suite de l’article avec notes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kara%C3%AFsme#:~:text=Le%20kara%C3%AFsme%20(en%20h%C3%A9breu%20%3A%20%D7%A7%D7%A8%D7%90%D7%95%D7%AA,en%20opposition%20au%20juda%C3%AFsme%20rabbinique.
