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Histoire juive du chocolat

Société

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The Librarians – (lien vers l’article en anglais en bas de page)

Suivez le parcours d’une famille juive qui s’apprête à quitter l’Espagne pour toujours. Derrière elle, les bûchers encore fumants de l’Inquisition. Devant elle, un navire voguant sur un océan déchaîné. Ils sont craintifs, épuisés, et n’emportent avec eux que quelques baluchons. Mais ils sont loin de se douter que l’aventure et une nouvelle forme de fortune les attendent…

À travers le monde, tout le monde aime le chocolat. Pourtant, rares sont ceux qui savent que son histoire et sa diffusion sont intimement liées à l’un des grands déplacements de l’histoire juive.

Le chocolat est dérivé des fèves de cacao — les graines séchées, fermentées et broyées des cabosses du cacaoyer. Cultivé depuis des milliers d’années par les peuples autochtones de Mésoamérique, le cacao était très prisé par les Mayas et les Aztèques, qui le préparaient sous forme de boisson amère et épicée utilisée lors des cérémonies, pour le commerce et dans la vie quotidienne. De fait, pendant la majeure partie de son histoire, le cacao a principalement été consommé sous forme liquide.

Puis, en 1492, Christophe Colomb a navigué vers l’ouest à travers l’Atlantique. C’est également l’année où Ferdinand et Isabelle ont signé le décret d’Alhambra, expulsant les Juifs d’Espagne après des siècles de présence sur ce territoire.

À première vue, ces deux événements semblent sans rapport. Pourtant, au cours des siècles suivants, ces deux courants — l’exploration et l’expulsion — allaient se croiser de manière surprenante, un sujet longuement exploré dans le livre On the Chocolate Trail (Sur la piste du chocolat) de la rabbin Deborah R. Prinz.

Christophe Colomb a découvert les fèves de cacao pour la première fois lors de son quatrième voyage aux Amériques en 1502, bien qu’il n’ait pas mesuré leur importance. Suivant ses traces, Hernán Cortés a conquis l’Empire aztèque quelques décennies plus tard. Après cela, le cacao a commencé à arriver régulièrement en Espagne. Là, mélangée à du sucre, de la cannelle et de la vanille, cette préparation autrefois amère est devenue un luxe à la mode, apprécié par la cour royale.

Alors que le chocolat séduisait ses premiers amateurs européens, l’autre intrigue se nouait. Les Inquisitions espagnole et portugaise ont chassé des milliers de Juifs de la péninsule Ibérique. Beaucoup se sont installés dans des ports de la Méditerranée et de l’Atlantique, et certains — souvent des conversos (des Juifs contraints de se convertir au christianisme mais qui conservaient fréquemment des liens avec leur communauté d’origine) — ont continué à pratiquer le commerce à longue distance.

Ensemble, ils ont bâti des réseaux commerciaux s’étendant d’Amsterdam et Bayonne jusqu’à Curaçao, les Caraïbes et les colonies américaines. Leurs liens familiaux, leurs compétences multilingues et leur rayonnement international en ont fait des marchands particulièrement prospères dans le commerce florissant des denrées coloniales telles que le sucre, le tabac et, bien sûr, le cacao.

L’un des chapitres les plus célèbres s’est déroulé à Bayonne, dans le sud-ouest de la France. À partir du XVIe siècle, des Juifs séfarades portugais fuyant l’Inquisition se sont installés dans la ville et ses environs. La tradition locale leur attribue l’introduction du savoir-faire de la transformation du chocolat en confiserie, et Bayonne finira par acquérir la réputation de capitale française du chocolat.

Ironiquement, le succès des chocolatiers juifs a également suscité du ressentiment. Au cours du XVIIIe siècle, les autorités locales ont interdit aux Juifs de fabriquer et de vendre du chocolat, permettant à d’autres d’hériter d’une industrie qu’ils avaient pourtant contribué à établir. Les générations ultérieures de chocolatiers français ont perfectionné et développé cet artisanat. Mais aujourd’hui, la communauté juive de la ville est largement reconnue pour en avoir posé les fondations.

Pendant ce soit, de l’autre côté de l’Atlantique, les marchands séfarades continuaient de jouer un rôle majeur dans le commerce du cacao. Les communautés juives des Amériques échangeaient le cacao aux côtés de nombreuses autres marchandises coloniales. Newport, dans le Rhode Island — qui abritait l’une des communautés juives les plus importantes de l’Amérique coloniale — est devenue un centre commercial de premier plan.

Au XVIIIe siècle, le chocolat était devenu une boisson à la mode dans l’ensemble des colonies britanniques d’Amérique. De Boston à Philadelphie, les tavernes et les cafés en servaient, les apothicaires et les épiciers en vendaient, et les colons fortunés en consommaient souvent au petit-déjeuner.

Dans les décennies qui ont précédé la Révolution, les boissons chocolatées produites par des dynasties juives telles que les familles Lopez et Gomez rivalisaient avec le thé — et le remplaçaient de plus en plus — dans de nombreux foyers coloniaux. Alors que la résistance à la Couronne britannique s’intensifiait après le Stamp Act (loi sur le timbre) et le Tea Act (loi sur le thé), de nombreux colons ont délibérément boycotté le thé en guise de protestation. Le chocolat chaud, tout comme le café, a comblé ce vide, devenant à sa manière un symbole de l’indépendance coloniale.

Les premiers efforts de ces négociants, souvent juifs, ont permis au chocolat de tracer son chemin vers de nouvelles régions du globe — et lorsque la révolution industrielle est survenue, il était idéalement positionné pour se répandre encore davantage. En 1828, l’invention de la presse à cacao a permis de séparer le beurre de cacao de la matière sèche, produisant ainsi un chocolat plus onctueux et plus abordable. Le développement du processus de conchage en 1879 a ouvert la voie à la production industrielle, aux usines et à l’expansion des réseaux ferroviaires. C’est ainsi que le chocolat est passé d’un luxe réservé à l’élite à une gourmandise abordable et largement consommée.

L’évolution du chocolat, passée d’une rareté exotique au produit de consommation courante que nous connaissons aujourd’hui, ne s’est pas résumée à une simple et délicieuse découverte. Elle a nécessité des réseaux mondiaux d’individus capables de trouver les sources d’approvisionnement, de transporter le cacao à travers les océans, de financer le commerce, de faire découvrir un produit inconnu aux consommateurs et de le transformer en quelque chose qui plaise à leur goût.

Aujourd’hui, le chocolat est accessible et adoré partout. Mais son voyage depuis les forêts tropicales de Mésoamérique jusqu’aux étals du monde entier — en passant par les cours royales, les ports coloniaux et les réseaux commerciaux étendus de Juifs en fuite — garde inévitablement un goût doux-amer.

Lien vers l’article : https://blog.nli.org.il/en/jewish_history_chocolate/?utm_source=facebook_englishpage&utm_medium=organicpage


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