Le blasphème palestiniste : quand la parole devient sacrilège
Société
Publié le 26 avril 2026
Charled Rojzman – Facebook
Dans toute religion, il y a un dogme. Et dans tout dogme, un interdit : celui de la contradiction. Ce qui fait la force d’une croyance n’est pas sa vérité, mais l’interdiction de la contester. Le palestinisme, devenu religion de substitution dans l’Occident vidé de son Dieu, ne déroge pas à cette règle. Il a ses figures sacrées, ses icônes, ses rituels — mais surtout, il a ses blasphèmes.
Blasphémer, dans cette liturgie nouvelle, ce n’est pas nier la souffrance du peuple palestinien. Ce n’est même pas défendre Israël. C’est oser penser à côté. Introduire la complexité. Dire que la guerre a deux camps. Dire que le Hamas n’est pas un mouvement de libération, mais un pouvoir cynique, islamiste, sacrificiel. Dire que Gaza n’est pas une Passion, mais un champ de bataille. Dire que la compassion, quand elle devient exclusive, devient elle-même injustice.
Il suffit d’un mot. D’un doute. D’une réserve. Et vous êtes marqué. Sioniste. Fasciste. Colonial. Blanc. Complice. Le langage est prêt. Il attend. Il mord. Il ne permet pas la nuance, il ne connaît que le feu de l’anathème. Le palestinisme n’admet pas de conversation. Il exige l’adhésion.
Et l’adhésion doit être totale. Comme dans toute religion. Il faut dire les bons mots. Employer les bonnes formules. Parler de « massacre », jamais de stratégie. Dire « génocide », même sans éléments. Dire « résistance », même quand il s’agit d’attentats. Il faut pleurer quand les autres pleurent, détourner les yeux quand les autres se taisent. Il faut être dans l’unisson. Dans l’émotion partagée. Dans le clergé digital qui récite, like, partage.
L’époque a transformé le débat en rituel sacrificiel. Il ne s’agit plus de convaincre. Il s’agit d’excommunier. Celui qui ne pleure pas assez, celui qui ose dire que l’ennemi de l’ennemi n’est pas toujours un ami, celui qui rappelle que les boucliers humains ne sont pas une invention occidentale, est rejeté dans les ténèbres extérieures. Il est celui qui souille la messe. Qui introduit du réel dans le sacré. Qui abîme la pureté du martyr. Il est un profanateur.
C’est pourquoi tant d’intellectuels se taisent. Pourquoi tant d’artistes évitent le sujet. Pourquoi les plateaux télé ne tolèrent que les experts convenus, les penseurs domestiqués, les pleureurs à gages. Parce que dire autre chose que la vérité autorisée, c’est blesser la foi des croyants. Et cette foi, paradoxalement, est plus exigeante que celle des Églises. Elle ne pardonne pas. Elle ne corrige pas. Elle efface.
Le blasphème, ici, est social. Culturel. Moral. Il ne vous brûle pas, mais vous efface. Vous ne serez plus invité. Vous ne serez plus édité. Vous ne serez plus cité. Vous serez transformé en « figure polémique », c’est-à-dire : celui qui pense sans permission. Celui qui doute, et donc : celui qui nuit.
Mais toute religion, lorsqu’elle interdit le doute, prépare sa propre ruine. Car elle cesse d’élever, et se contente de répéter. Le palestinisme, en sacralisant la victime et en condamnant toute contradiction comme une impiété, s’est privé de la vérité qu’il prétend servir. Il a fait du discours un champ de purification morale. Il a transformé les morts en justification, et les vivants en clergé mobile, prêt à lyncher tout hérétique.
La liberté d’expression, dont l’Europe se gargarise encore, n’existe plus sur ce terrain. Elle est un mot vide. On peut blasphémer contre le Christ, contre la République, contre la France — mais pas contre Gaza. Pas contre la Palestine sacrée. Pas contre la narration canonique. Le réel, ici, est devenu blasphématoire.
Et c’est dans cette inversion que réside la tragédie finale : la compassion est devenue l’arme de l’intolérance. Et le sacré, déguisé en humanisme, a rétabli le bûcher.
