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J’ai rendu les clés de mon appartement ce matin

Société

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Sophie Amar – Facebook

J’ai rendu les clés de mon appartement ce matin.

Une fois la décision prise, la 1ère étape
est un cheminement qui a presque ressemblé à une grossesse : neuf mois de démarches diverses auprès des différentes administrations, de réunions vidéos, d’informations dans des groupes whatsapp, de rendez-vous à l’Agence Juive et de contacts avec le Keren Layedidout jusqu’à l’obtention de l’éligibilité pour enfin faire le grand saut.

Mon cadre est finalement parti le 30 juillet, emportant avec lui l’essentiel de 65 années de vie.

Des meubles, des tableaux, des souvenirs… mais surtout une partie de moi.

C’est la deuxième étape de mon Alyah. La première marche vers cette nouvelle vie qui m’attend en Israël au mois d’octobre.

Août sera le mois de la respiration.

Après un marathon d’une intensité folle, je vais enfin souffler un peu…Pendant un mois, j’ai littéralement trié ma vie. Trente cartons. Des centaines de décisions. Garder. Donner. Jeter.

Et finalement, on ne trie pas seulement des objets… on trie aussi des souvenirs, des émotions, des morceaux de soi.

La dernière journée restera gravée dans ma mémoire. Sans doute la plus éprouvante de toutes.

Les derniers petits objets impossibles à ranger. Ceux qui semblent se reproduire en secret. À peine un tiroir vidé qu’un autre trésor oublié apparaissait ailleurs. J’ai fini par me demander si mon appartement n’avait pas développé un système de reproduction autonome des babioles !

Les sacs destinés aux amies, à la déchetterie, certaines choses aux encombrants… Des courses données ici et là , mes valises à déposer chez ma sœur qui va m’accueillir pendant trois semaines.
Puis je vais entamer la tournée des « au revoir » à mes amis et à ma famille dans le Sud, et à l’occasion d’un mariage fin août…

Ces « au revoir » qui serrent le cœur… mais qui ne changent rien à la direction que j’ai choisie.

Septembre sera un mois précieux.
J’ai voulu me l’offrir. Je fêterai mon anniversaire 2 fois : en famille, je n’avais pas la tête à le faire le jour J, et avec mes amies à qui je confie la mission de décider à ma place ce qu’elles ont envie de me faire vivre … Elles sont championnes en orga d’EVJF alors je leur demande de créer un EVF : enterrement de vie française.

Je souhaitais passer les fêtes avec mes enfants. Profiter de chacun de mes trois petits-enfants. Faire le plein de câlins avant le grand départ.
Voir une dernière fois mes médecins. Régler les derniers détails administratifs.
Refermer proprement les derniers dossiers de ma vie française avant d’en ouvrir une toute nouvelle.

Mais comme si l’univers avait décidé que cette dernière journée devait entrer dans la légende…

Après deux heures d’absence pour effectuer le ménage final avant de rendre les clés, nous revenons…

Et là…

Une magnifique inondation nous attendait dans le salon et la cuisine de l’appartement de ma sœur.

À quatre pattes, serpillières à la main, nous avons passé plus d’une heure à éponger des litres d’eau. Une heure quinze à transformer une catastrophe en simple mauvais souvenir, pendant que le soleil faisait gentiment sécher le reste grâce à la terrasse.
L’eau qui coule partout symbole d’une mer qui s’ouvre, d’un nouvel avenir qui se dessine.

Mission accomplie.

Enfin… presque.

Parce qu’un scénario catastrophe n’arrive jamais seul.

Dernier acte : la voisine malveillante de ma soeur, celle qui, depuis des années, s’est autoproclamée gardienne, inspectrice, commissaire de quartier et responsable du renseignement de l’immeuble.
Toujours à surveiller.
Toujours à commenter.
Toujours à contrôler.
Cette fois, le rideau est tombé.

Disons simplement que quelques noms d’oiseaux ont pris leur envol, accompagnés d’une chorale de répliques suffisamment inspirées pour lui rappeler que la seule porte dont elle devait s’occuper… était la sienne.
Rideau, rires : que ça fait du bien de se lâcher.

Et comme un bouquet final est toujours composé de petites et grandes explosions, il y a eu un dernier coup de gueule au foyer de personnes âgées où réside ma mère.

Là aussi, un véritable comité d’observation composé de quelques vieilles rombières semblait passionné par nos allées et venues, visiblement très inquiètes que le directeur puisse manquer une information capitale sur notre emploi du temps.

À croire que le stress et la fatigue accumulés pendant des semaines avaient décidé de nous faire croiser, en quarante-huit heures, les plus beaux spécimens de la mauvaise foi et de la curiosité mal placée pour décompresser en éclats de voix.

Ce soir, je suis épuisée. J’ai beaucoup d’heures de sommeil à rattraper.

Mais mon esprit, lui, n’a jamais été aussi vivant.

Oui, j’ai mal partout.
Oui, je laisse derrière moi une partie de ma vie.
Mais je refuse de vivre dans le rétroviseur.
Au fond, ce ne serait pas la première fois que je recommence une vie.

J’ai été mariée deux fois.
J’ai élevé trois merveilleux enfants.
Je suis l’heureuse grand-mère de quatre petits-enfants… bientôt cinq.
Je suis tombée.
Je me suis relevée.
Je me suis reconstruite.
J’ai connu des joies immenses, des douleurs profondes, des épreuves que je n’aurais jamais imaginé traverser.
J’ai déjà vécu mille vies.
Alors pourquoi m’arrêter maintenant ?
Les guerrières ne sont pas celles qui ne tombent jamais.

Ce sont celles qui ramassent leurs cartons, essuient les dernières flaques d’eau, ferment une porte avec émotion… et avancent malgré tout, le cœur battant pour rejoindre un idéal .

Aujourd’hui, j’ai rendu les clés d’un appartement.
En octobre, je recevrai celles d’une nouvelle vie.

Et j’ai la profonde conviction que le plus beau chapitre de mon histoire reste encore à écrire.

Parce qu’il n’y a pas d’âge pour recommencer.
Il n’y a pas d’âge pour rêver.
Et surtout… il n’y a pas d’âge pour être intensément vivante — sereine.


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