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Irène Némirovsky

Personnalités

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Elles s’appelaient – Facebook

Elle s’appelait Irène Némirovsky.⠀

Née en 1903 à Kiev, dans une famille de banquiers juifs. Fuite de Saint-Pétersbourg en 1918, révolution bolchévique aux trousses. Paris en 1919. Elle a vingt-trois ans quand elle publie son premier roman. Elle en a vingt-six quand David Golder paraît et fait scandale — adapté au théâtre, au cinéma, traduit dans toute l’Europe. La France littéraire la lit, la cite, la publie. Gringoire, Candide, la Revue des deux mondes.⠀

Elle demande la nationalité française. Refus. Elle redemande. Refus encore. Elle se convertit au catholicisme en 1939, avec son mari et ses deux filles. André Chaumeix appuie son dossier. Jean Vignaud, président de la Société des Gens de Lettres, signe. Refus.⠀

L’automne 1940 arrive. Le statut des Juifs de Vichy lui interdit de publier sous son nom. Les hebdomadaires qui l’avaient portée l’abandonnent ou la cachent sous pseudonyme. Son mari perd son poste. La famille se replie à Issy-l’Évêque, village du Morvan. Les filles y sont déjà, mises à l’abri depuis septembre 1939. Irène écrit. Elle rédige un roman-fleuve qu’elle intitule Suite française. Cinq parties prévues. Elle en écrira deux.⠀

Le 13 juillet 1942, à dix heures du matin, la gendarmerie française frappe à la porte. Pas la Gestapo. Des gendarmes français. Ils l’emmènent comme apatride d’ascendance juive. Elle dit au revoir à ses filles sans pleurer. Elle parle d’un long voyage.⠀

Camp de Pithiviers, quatre jours. Puis le convoi numéro 6, avec 928 autres déportés. Auschwitz-Birkenau, le 19 juillet 1942. Un matricule tatoué sur l’avant-bras.⠀

Elle meurt le 17 août 1942. En moins de six semaines. Trente-neuf ans.⠀

Ses éditeurs ne réclament rien. Ses amis de la droite littéraire ne disent rien. Son nom disparaît de l’actualité littéraire pour plus de soixante ans. La complexité de son rapport à l’identité juive — ses publications dans des revues d’extrême droite, sa conversion, les lectures antisémites que certains ont faites de David Golder — offre une surface critique commode. Assez pour que la France littéraire n’ait pas à examiner sa propre part dans la déportation d’une femme qu’elle avait elle-même célébrée.⠀

Dans les années 1990, sa fille aînée Denise ouvre la valise que Michel Epstein lui avait confiée le matin de sa propre arrestation, en octobre 1942. Le manuscrit de Suite française est écrit à l’encre si fine, en caractères si minuscules, qu’il faut des années pour le déchiffrer. Il paraît en 2004. Le prix Renaudot lui est accordé — à titre posthume, pour la première fois de son histoire.⠀

Le nom d’Irène Némirovsky est aujourd’hui dans les vitrines des librairies.
Son matricule, lui, n’a pas changé.⠀

La mémoire ne se transmet pas toute seule.⠀


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