Une étincelle de lumière avec Albert Londres par Thierry Amouyal (Tribune juive)

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Chers amis , chers frères et sœurs juifs, je vous écris ce petit mot d’Israël où, comme vous le savez désormais tous, notre peuple saigne car il a été atteint au cœur.

Il est difficile, très difficile, en ces temps terribles, d’aller chercher une étincelle de lumière, et encore plus difficile d’essayer de la transmettre alors que notre deuil ne fait que commencer, c’est pourtant ce que je vais tenter de réaliser à travers ces quelques lignes.

Donc aujourd’hui, mercredi 11 octobre 2023, je vais vous parler d’un journaliste français, un grand, un précurseur, un visionnaire; celui qui devrait servir d’exemple à tous dans ce métier difficile et si mal fréquenté de nos jours :

Albert Londres.

Cet homme a parcouru le monde dans les années 20 pour témoigner, il a pris sa plume pour écrire des textes vrais et magnifiques, en même temps qu’il prenait sa valise pour vivre longuement au milieu des hommes de tout continent et de toutes conditions, ce dans le but de nous faire partager leur sort de la manière la plus réaliste possible.

Cet homme a donc décidé en 1929 de parcourir de grandes communautés juives et de dépeindre au mieux la ou plutôt les conditions juives en Europe occidentale, Europe orientale et aussi en Eretz Israel.

J’ai longuement lu le petit livre qu’il a écrit durant ses mois de pérégrinations parmi les juifs : “Le juif errant est arrivé”.

Il part de Whitechapel, le populaire quartier juif londonien, passe par des rencontres avec des membres de la bourgeoisie juive parisienne, il décrit aussi le magnifique judaïsme allemand qui vit ses dernières années de prospérité, puis soudainement il nous transporte dans un autre monde ; sur une autre planète; dans un autre siècle, un autre millénaire: le voici arpentant les misérables villages juifs de Transylvanie ou d’Ukraine où, accompagné de guides locaux, il nous fait visiter les tréfonds terrifiants de ce judaïsme d’Europe orientale.

La pauvreté qu’il décrit si parfaitement semble nous ramener au moyen âge , avec son cortège de mendiants décharnés, d’enfants à demi nus marchant dans la neige ou de mères juives tendant la main pour un quignon de pain ! 

Je dois vous préciser qu’à ce point de ma lecture, j’ai ressenti le besoin de m’assurer que les descriptions faites par Albert Londres remontaient bien à 1929 et non au moyen âge ! 

Mais je n’en avais pas fini avec l’horreur , car à la pauvreté et au dénuement total venait, évidement, s’ajouter l’antisémitisme ; et là, l’auteur se fit conter l’étendue des exactions que subissaient ces Juifs en guenille …

Un seul exemple suffira à vous illustrer ce triste sujet : une armée de bandits ukrainiens avaient ravagé une partie du pays en massacrant en une seule année 300 000 juifs ! Une mini Shoah artisanale au cœur de l’Europe en attendant l’efficacité industrielle allemande quelques années plus tard.

Albert Londres pousse le professionnalisme au point de se faire décrire comment un rabbin d’un shtetl tenta en vain de faire épargner les enfants juifs, et comment les tueurs ukrainiens après discussion décidèrent finalement de finir la sale besogne jusqu’au dernier bambin.

Alors mes chers amis, j’ai volontairement évité d évoquer la Shoah en essayant de replacer ce terrifiant mois d’octobre 2023 dans l’histoire juive, et je n’ai pas souhaité non plus revenir à la chute du temple ni aux actions antijuives des croisés chrétiens, mon propos se limite à une date récente (1929) et a des événements peu connus du grand public comme ces massacres ukrainiens.

J’aurais pu évoquer les pogroms de Fez en 1912, de Constantine en 1934, du Farhoud à Bagdad en 1941 ou d’innombrables autres tueries, toutes étrangères à la Shoah et toutes, finalement, parfaitement contemporaines, pour évoquer ces horreurs subies par nos propres parents ou grands-parents sans que nos tortionnaires ne nous laissent le loisir de même pouvoir défendre nos familles.

Effectivement les exemples ne me manquèrent pas en écrivant ce mot.

Nous arrivons donc au cœur de ma simple réflexion, moi qui ce mois d’octobre 2023 assiste ici dans mon pays, Israël, au pogrom qui vient de s’y dérouler.

Une nouvelle fois, des tueurs antijuifs ( les barbares arabes cette fois-ci) viennent de perpétrer un innommable massacre et, assurément, celui-ci marquera l’histoire juive d’une nouvelle pierre noire, mais quelques heures après ce forfait qui entachera leur nom à jamais, une armée juive s’est lancée à leurs trousses, nous avons séché nos larmes avec une main et organisé la solidarité juive de l’autre, notre peuple s’est uni comme jamais, notre volonté de survivre, mais aussi de venger nos martyrs s’affiche de façon inébranlable.

Aussi, malgré la bestialité de ces monstres qui se croient lâchement protégés par nos otages, nos garçons vont aller dans leurs tanières débusquer ces rats et, j espère, les mettre à mort sans une once de pitié.

Faites preuve d’imagination ou de mémoire et essayez de penser à une conversation virtuelle avec non pas nos ancêtres lointains, mais seulement nos parents ou grands-parents (j’ai 66 ans et j’ai rencontré dans ma jeunesse un survivant du pogrom de Kichinev et un autre de Constantine) et imaginez leur raconter comment nos blessés sont merveilleusement soignés dans nos hôpitaux, comment le peuple juif se masse sur les routes d’Israël pour encourager nos garçons et les couvrir de cadeaux et de bénédictions, et comment Tsva Hagana le Israel, l’armée juive protège les siens ! 

Assurément, l’un de vos interlocuteurs vous dira : Ce que vous décrivez est juste un doux rêve, une époque bénie !!!

Oui , au-delà de la douleur indicible et des larmes qui mouillent nos visages, soyons certains que notre génération est née sous le signe d’un incroyable calcul venu de très haut, nous avons été choisis pour accomplir un travail de renaissance unique dans l’histoire humaine, et nous l’accomplirons sans faiblir en pensant à nos merveilleux ancêtres qui ont tant souffert pour nous amener là.

Un bon rétablissement à nos blessés, et que D. ramène nos enfants victorieux et en bonne santé.

Hadera. Israël. Octobre 2023.

© Thierry Amouyal


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