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Un kibboutz en France ! – ou une Terre Promise en Corrèze (Par Jacob Dahan)

Cela fait plus de quarante ans que je fréquente un village de Dordogne à la limite de la Corrèze. J’avais souvent entendu parler d’un village corrézien proche, pour y avoir des connaissances, et dont le nom m’interpellait : Jugeai-Nazareth. Et ce n’est que très récemment que j’apprends que ce village a abrité un kibboutz dans les années 1933-1935. Cette nouvelle me sidère et j’y entreprends une visite. Un dimanche ensoleillé sur un très beau village endormi, je me promène dans les ruelles bordées de maisons anciennes et fleuries pour arriver dans un chemin avec d’anciens bâtiments de ferme délabrés mais avec des panneaux qui racontent l’histoire étonnante du kibboutz Makhar à cet endroit.
« Makhar », qui signifie « demain » en hébreu, était un kibboutz fondé en 1933 dans ce village, à l’initiative du Comité national de secours aux réfugiés allemands victimes du nazisme. Il a fonctionné jusqu’en 1935, en accueillant jusqu’à 150 jeunes juifs allemands et européens, avant de les envoyer en Palestine. Ce Comité fondé par le baron Robert de Rothschild, banquier et administrateur de plusieurs compagnies de chemin de fer, décide d’aider les réfugiés juifs, et de les préparer à émigrer en Palestine. Il choisit le village de Jugeals-Nazareth en raison de son isolement géographique, de la richesse du sol et du clin d’oeil toponymique rappelant la ville biblique.

Makhar, sur une surface de 75 hectares devient le seul kibboutz en France. Des jeunes Allemands d’abord, puis des Autrichiens, des Polonais, des Hongrois, des Russes, des Tchèques, des Néerlandais et même quelques Français et Américains y seront formés à l’agriculture, à l’élevage, à la vie en communauté et connaitront une timide préparation militaire.
Les registres de la mairie gardent traces des nombreux mariages, en blanc pour la plupart, nécessaires à l’obtention d’un livret de famille permettant la circulation sur le territoire français et donc de l’alyah.
Une expérience à la fois sioniste et socialiste, avec des conditions d’hébergement spartiates et une vie collective qui étonna beaucoup les habitants du village corrézien, peu habitués à la mixité et à la vue de jeunes filles en short.

L’intégration dans la région est ambivalente, des liens forts se nouent avec des Corréziens mais le rejet fait aussi partie de cette cohabitation. Beaucoup ont vu d’un mauvais oeil l’arrivée de ces jeunes, parlant une autre langue, avec des moeurs politiques et culturelles très différentes.

Si le courage et l’énergie de ces jeunes leur permit de nouer de nombreux liens dans la population locale, l’antisémitisme latent entretenu par le sous-préfet de l’époque obligea le kibboutz à fermer ses portes en 1935.
La quasi-totalité des jeunes pionniers juifs put rejoindre la Palestine et contribuèrent à la création du kibboutz d’AyeletHashahar dans le nord de ce qui allait devenir Israël.
Lors d’une cérémonie en présence du souspréfet Jean-Paul Vicat, du représentant de l’ambassade de France-Israël, ldo Bromberg, des représentants de France-Israël, et des élus, une voie du village s’est vue nommée, le 5 juin 2016, « Passage du Kibboutz Makhar ». Le village de Jugeals-Nazareth, en contact avec le mémorial de Yad Vashem en Israël a invité deux descendants des pionniers du kibboutz Makhar, qui font le voyage en 2017. Il est aussi question de créer un musée sur le site du kibboutz.

En novembre 2016, Gérard Bagnol, le maire actuel de Jugeals-Nazareth, accueille Haïm Korsia, Grand Rabbin de France. Ce dernier déclare devant la stèle rendant hommage à ce kibboutz et au village qui a permis d’accueillir les réfugiés : « C’est un très beau symbole, encore plus aujourd’hui. Ces jeunes venus de pays où ils n’étaient pas les bienvenus ont trouvé ici un havre de paix qui leur a permis de construire leur demain ailleurs. Cette histoire de solidarité, même si elle s’est arrêtée en 1935 suite à un arrêté préfectoral, donne ainsi à réfléchir à la possibilité d’aider les réfugiés d’aujourd’hui à construire leur avenir».


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