L’existence vivante des prophètes bibliques (Par Fanny Levy)

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Prophète, en hébreu, se dit nabi, c’est-à-dire non pas un faiseur de miracles ou un diseur d’avenir, mais un homme qui parle ou qui est appelé et qui doit dire de près la parole du Dieu caché.
Navi vient de niv qui signifie produit de la bouche. Parce que Dieu ne donne sa prophétie qu’à celui qui garde sa bouche. Le prophète est donc celui qui sait s’ouvrir à l’abîme des mots, c’est un portevoix, le vecteur de la relation de dialogue entre Israël et son Dieu.
Le terme qui, dans la Bible, désigne le mystère de la rencontre de l’homme avec le divin est ruah, esprit. C’est le prophète Osée (Hochea) qui forge l’expression typique ich ha ruah, homme de l’esprit, pour l’assimiler au nabi, prophète, et l’opposer au mechouga, fou. Il ne faut en effet pas confondre nabi et prophète extatique. La conscience populaire assimilait les nebiim et les mechougaim, les prophètes et les fous. Il y avait des nebiim professionnels, visionnaires poussés par l’extase, inspirés en proie au délire sacré autour desquels la foule s’attroupait dans la cour du Temple de Jérusalem. On ne les distinguait pas, à première vue, des vrais.
Les vrais, par exemple les prophètes scripturaires du huitième siècle avant notre ère, comme Osée, ne sont pas en transe, par terre, comme les prophètes païens. Ils critiquent les réalités du temps présent au nom du Dieu qui les inspire, ils dénoncent les crimes et les injustices, ils dérangent et croient au pouvoir efficace de la parole. Ils sont possédés par une présence qui les séduit, les habite et leur dicte leurs comportements, leurs gestes, leurs paroles. « Tiens-toi dans la Maison de Dieu, dis tout ce que tu as à dire», se voient-ils enjoindre. Venue d’une manière subtile et irrésistible, l’inspiration divine s’abat sur eux, explose soudainement, les saisit, les ravit, les appelle.
Cet appel aux prophètes se fait dans la terreur. Tous leurs sens sont ébranlés. Dans Job (Yov), par exemple, on lit: « Un tremblement m’a saisi, une secousse; la plupart de mes os en tremblaient. Un souffle passait sur mes faces; il hérissait le poil de ma chair. » L’effroi est le même devant le mystère. « Le lion rugit, qui ne serait effrayé ? » interroge le prophète Amos.
Élus par Dieu malgré eux, ils ne veulent pas d’un fardeau si lourd, ont une réaction de défense. Moïse demande à Dieu : Pourquoi m’as-tu envoyé ? Jérémie (Yirmiyahou) objecte qu’il n’est qu’un enfant et qu’il ne sait pas parler. Elie (Eliyahou) refuse de ce seul mot : Assez! Il a envie, comme Jonas (Yona), de fuir.
Mais, livrés à une parole lourde qui s’impose du dehors, qui harcèle et met à l’épreuve, ils ne peuvent rien faire d’autre que prophétiser. Ils ne sont pas libres de se soustraire à Dieu, de s’échapper. « L’Eternel m’a ouvert l’oreille, déclare Isaïe (Yechayahou) etje n’ai point résisté. »
Il ne s’agit pas pour ces prophètes de laisser parler leur coeur mais de répéter ce que Dieu leur a ordonné de dire, de rappeler la parole d’origine, l’exigence fondamentale. Ils avertissent de l’urgence d’un retour à Dieu pour éviter l’irruption d’événements de malheur.
Liés à Dieu, alliés à Lui, ces combattants de la foi prouvent leur qualité par la vérité et la puissance de leur verbe, ainsi que par leurs actes. Ils doivent appliquer tout ce que Dieu leur montre. Ils vivent en forme de signe, ils deviennent autres.
-Isaïe, par exemple, ne se contente pas de dire : « Les soldats seront vaincus, déchaussés, nus », lui-même, pourtant décent et respectable, doit se dépouiller de ses vêtements et se promener nu et déchaussé pendant trois ans pour annoncer les malheurs de son peuple.
-De même, Jérémie (Yirmiyahou) ne dit pas seulement: « Vous serez courbés sous Je joug», mais il se charge de cordes et se met un joug autour du cou. Homme pourtant doux et sensible, il devra lutter physiquement contre les hommes de Jérusalem et détruire21 tout ce qu’il aime. « C’était en moi comme un feu brûlant contenu dans mes os », dit-il.


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