le commentaire de la paracha de la semaine

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Le passage de Jacob à Israël (par Vera Gandelman)

Le première partie de la paracha est consacrée à l’anticipation des retrouvailles entre Jacob et son frère Ésav. Jacob prend l’initiative de la réconciliation en envoyant — Vayislach — des messagers, c’est-à-dire des Mélachim à son frère, au pays de Séir, dans la campagne d’Édom. Rappelons qu’Ésav constitue le prototype de l’Occident («Édom »). La forme du verbe – Vayislach – qui exprime le présent est en fait un futur, signe d’un décalage entre le projet et sa réalisation. Dans ce moment transitoire, marquée par l’attente, Jacob est gagné par l’angoisse et la peur d’être tué par son frère : « Jacob fut effrayé et plein d’anxiété ». L’épreuve initiatique a déjà commencé pour lui, la confrontation à son frère, à Édom constituant l’épreuve révélée et visible dans la réalité. Ainsi que l’a montré l’idéalisme allemand, la réalité est perçue et même construite : Jacob donne une tonalité psychique et subjective, fondée sur la haine antérieure de son frère, à l’expérience de cette rencontre anticipée.

Cependant, dans cette paracha, le parcours initiatique essentiel se trouve plus loin. Celui-ci n’est pas liée à la réalité — מציאות — qui a une dimension subjective et provisoire, mais à la vérité — אמת ; celle-ci appartient à l’éternité, étant validée au-delà des points de vues et des différences : il s’agit de réalités émanant du divin, qui se situent dans une dimension invisible, transcendante, mais qui peut émerger à l’occasion dans la réalité, le divin manifestant alors son immanence. La lutte de Jacob, aux versets 25 à 30, lui permet d’accéder à une ultime bénédiction, la bénédiction de l’ange, qui lui permettra de se battre contre les nations et de triompher. Ce combat est mené dans la solitude et dans l’intériorité de l’être : « Jacob étant resté seul, un homme lutta avec lui, jusqu’au lever de l’aube. » Le terme « איש » est surprenant, les interprétations des sages du Talmud soulignant la présence de l’ange qui engage un combat contre Jacob. Ce substantif met en exergue la nature double du combat — avec l’ange, c’est-à-dire dans une dimension éternelle, mais également en Jacob lui-même, en tant qu’homme qui possède un libre arbitre : il choisit de se battre, en dépit de sa blessure, et vainc l’adversité qui le suivra toute son histoire en tant non plus de Jacob, mais d’Israël, « יִשְׂרָאֵל ».

C’est en effet le nom que portera désormais Jacob, parallèlement à ce nom de naissance : il est resté « droit devant Dieu » (« יִשְׂרָ -אֵל »). La bénédiction de l’ange intervient à l’issue du combat, attribuant à la victoire une dimension collective, déjà présente dans la bénédiction paternelle, mais renforcée ici et étendue pour l’éternité. Dans une approche selon le Rémez, seconde méthode d’exégèse, souvenons-nous de la paracha Bereshit – «בראשׁית » — et de la permutation midrashique qui fait passer, en éludant le ב, de « « ראשׁית » — « les prémisses » — à שׁארית , le reste. Jacob inaugure une nouvelle ère pour lui et les siens, qui deviennent Israël. Celle-ci contient les futurs « restes », à chaque perte et à chaque assassinat — avec tant de blessures physiques et morales. Cependant, la bénédiction qui plane au-dessus d’Israël et qui le mènera toujours à la victoire est inscrite à jamais ! Souvenons-nous en en ces temps difficiles…


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