La faculté de haïr, par Raphaël Jerusalmy 

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Les universités sont devenues le terrain de jeux des manipulateurs d’esprits et le champ de bataille favori des Frères musulmans qui en gagnent le contrôle à coup d’argent 

Raphaël Jerusalmy Ancien officier du renseignement militaire israélien, Auteur d' »Evacuation » chez Acte Sud 

(i24 news)

Lors d’une allocution prononcée le 2 mai à l’intention des communautés juives dans le monde, le président de l’État d’Israël, Yitzhak Herzog, a affirmé que « les principales institutions universitaires sont contaminées par la haine et l’antisémitisme. » Beaucoup aujourd’hui s’étonnent de la flambée de haine et de violence qui s’emparent des campus. C’est oublier que les universités, loin d’être des temples de l’équité et de la tolérance, sont avant tout des instruments du pouvoir. Au Moyen Âge, l’université de Paris était appelée « la fille aînée des rois de France ». Née de la fusion des écoles cathédrales et ecclésiastiques du royaume, elle fonctionna sous le contrôle absolu de l’Église durant plusieurs siècles, pour tomber sous le contrôle non moins absolu de la Nation, à la suite de la révolution de 1789. Depuis l’Antiquité, à Rome ou Athènes, tout comme en Chine ou aux Indes, les institutions pédagogiques officielles enseignent avant tout le dogme et les doctrines en place. 

Il faudra attendre des rebelles, tels que Socrate, pour voir naître des centres de pensée refuser de se soumettre à l’enseignement des prêtres et des gouvernants. En 1459, à Florence, les Médicis fondent une « académie platonicienne » qui échappe au contrôle du pape et des facultés catholiques. La contestation naît parfois au sein même de l’université, en réaction au despotisme des profs et de l’administration, comme ce fut le cas dans la France de mai 1968. Ce qui inspire ces mouvements de protestation, c’est l’aspiration aux Lumières, le désir de liberté, de tolérance. 

Nous assistons actuellement à un revirement, dans les milieux académiques et artistiques, qui ramène ces institutions à la case départ d’avant Socrate. C’est-à-dire à une scolastique qui, peu importe qu’elle soit marxiste, théologique intégriste ou wokiste, impose sa loi de même que le faisait l’Inquisition catholique en Espagne, au XVe siècle. Et qui, comme elle, est caractérisée par le fanatisme et l’ignorance. Les universités sont devenues le terrain de jeux des manipulateurs d’esprits et le champ de bataille favori des Frères musulmans qui en gagnent le contrôle à coup d’argent, d’agents provocateurs infiltrés dans les campus, de propagande à grande échelle. Mai 68 était placé sous le signe du « Love and peace » des années soixante. Mai 2024 brandit la bannière de l’Islam le plus réactionnaire qui soit, proclamant sa haine pour les Juifs, Israël et le monde libre en général, son désir de faire couler le sang « de la rivière à la mer », en parfait écho aux sympathisants du nazisme dans les universités allemandes des années trente. On en veut pour preuve les chaleureuses félicitations de l’ayatollah Khamenei adressées aux étudiants et profs antisionistes. 

Comme durant la montée du nazisme, cet enthousiasme ne naît pas spontanément. Il est financé, organisé, planifié par des spécialistes. Le Qatar s’est acquis la servitude d’universités américaines pour bien moins cher que l’achat du PSG. Il est regrettable pour Israël que cette opération de discrédit se soit avérée aussi facile à monter. Mais, à terme, ce sont ceux qui laissent se répandre cette marée de haine et de violence qui en feront les frais. S’ils n’y prennent garde, leurs pays régresseront vers l’obscurantisme et la tyrannie des sots. Et cette régression semble avoir commencé lorsque l’on constate le niveau d’ignorance des écoliers et étudiants d’aujourd’hui. Et de bien des enseignants. De quoi faire Socrate se retourner dans sa tombe. 


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