le commentaire de la paracha de la semaine

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Héros malgré lui

Jean-Christophe Notin raconte dans son dernier livre le destin édifiant de Louis Picot, le plus jeune compagnon de la Libération.

Historien, Jean-Christophe Notin a interviewé de nombreux compagnons de la Libération mais le seul témoignage dont il se souvienne, à la virgule près, est celui de Louis Picot. Lorsqu’il l’interrogea, il y a deux décennies de cela, ce dernier avait soixante-neuf ans mais, à partir du moment où Jean-
Christophe Notin brancha son magnétophone, il redevint l’enfant qu’il était pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pytkowic, ça sonne juif

Lazare Pytkowicz, de son vrai nom, est juif polonais mais il ne le sait pas. Il ne parle pas le yiddish et n’a pas été élevé par ses parents dans le culte de la religion. Il se considère comme tous ses copains. Un vrai titi parisien. Nul doute pourtant qu’il ait lu la pancarte que son père Jankiel a été obligé d’apposer sur son stand de brocanteur -juif- mais pour lui cela n’évoque rien. C’est à cette époque que ses parents choisissent de changer son identité. Il s’appelle désormais Louis Picot « parce que Pytkowicz fait trop juif ». Louis, donc, n’est alors qu’un enfant qui a une passion pour les trains électriques. Les premiers temps de l’Occupation n’ont pas encore abîmé son insouciance.

Pourtant son frère et sa soeur ont déjà été arrêtés. Le 16 juillet 1942, il est raflé avec ses parents et sa deuxième soeur à leur domicile rue des Canettes. Direction le Vel d’Hiv.

Déjà Louis n’a qu’une idée en tête : s’évader. Il en fait part à sa mère qui lui intime de rester avec eux mais sa décision est prise. Quand il s’éloigne des siens, Louis ne sait pas encore ce qu’il va faire. D’un geste revanchard mais discret il commence par arracher son étoile jaune. Puis, profitant d’un mouvement de foule, il se retrouve propulsé dans le monde libre. Ce sera sa première évasion mais non sa dernière. Très vite, il va entrer dans la Résistance pour prendre part au combat, venger sa famille. Il n’a que quatorze ans mais déjà il quadrille la ville, juché sur son vélo avec dans son veston, dans ses sacoches, dans le tube de son guidon, des documents à transmettre. « Voilà le rôle qui lui est assigné : Facteur de la Résistance ou, pour être conforme à la terminologie des services, agent de liaison. » Son pseudo : « Petit Louis ». En 1943 il est capturé par la Gestapo qui n’a que faire de son jeune âge. Il sera frappé, torturé mais ne parlera jamais. Son bourreau en chef est Klaus Barbie, à qui il faussera bientôt compagnie. Pendant tout ce temps « Petit Louis » reste sans nouvelles de sa soeur et de ses parents. C’est pour eux qu’il se bat jour et nuit.

Témoignage bouleversant

Son témoignage raconté par Jean-Christophe Notin est édifiant, bouleversant. L’écrivain comble les blancs, revoit les dates, avec lesquelles Louis est parfois fâché, se met dans la peau de ce héros malgré lui à même pas quinze ans.

Pourtant « après-guerre, Louis ne s’épanchait jamais sur le traitement qui lui avait été réservé. Vous pouvez imaginer ce que c’était, résumait-il à sa manière. » C’est une constante que l’historien a souvent observée chez ceux, nombreux, qu’il a pu rencontrer : « Aucun ne voulait rappeler combien l’Homme peut se révéler le pire des animaux ». À la fin de la guerre, le parcours de « Petit Louis » fera de lui un héros national. Nommé à seize ans dans le prestigieux Ordre de la Libération, il en sera désigné toute sa vie comme le plus jeune Compagnon. Une histoire exemplaire que Jean-Christophe Notin nous conte avec autant d’empathie que de talent.

Petit Louis de Jean Christophe Notin, Grasset 215 pages


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