En pleine guerre, Israël ouvre un centre de R&D et se fait une place en quantique

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Par SHARON WROBEL (Times of Israël)

Selon Quantum Machines, le nouveau centre a « le banc d’essai le mieux équipé au monde » pour accélérer le développement de l’informatique quantique par les start-ups et les chercheurs

Nir Alfasi, responsable scientifique du Centre israélien d’informatique quantique (deuxième en partant de la droite) avec l’équipe de Quantum Machines qui exploite le nouveau laboratoire basé à l’Université de Tel Aviv. (Crédit : Dima Karminsky)

La semaine prochaine, Israël inaugurera officiellement un centre d’informatique quantique qui donnera accès à des installations de recherche de pointe aux entreprises et universités locales et servira de banc d’essai pour faire avancer le développement des technologies d’informatique quantique.

Dirigé et géré par la start-up Quantum Machines, basée à Tel Aviv, le Centre israélien d’informatique quantique (IQCC), financé par l’Autorité de l’Innovation d’Israël à hauteur de 100 millions de shekels, a été créé pour placer Israël dans la course mondiale du développement de capacités pratiques d’informatique quantique. La cérémonie d’ouverture officielle aura lieu le 24 juin lors de la semaine de l’IA et du cyberespace de l’université de Tel Aviv.

Les processeurs quantiques promettent une puissance de calcul permettant de résoudre les problèmes les plus complexes – des problèmes que les ordinateurs conventionnels ne peuvent pas résoudre – afin de réaliser des percées dans les domaines de l’économie, de la technologie, de la sécurité, de l’ingénierie et de la science, dans des disciplines aussi diverses que la découverte de médicaments, la cryptographie, la modélisation financière et la logistique de la chaîne d’approvisionnement.

« Notre motivation pour placer Israël sur la carte de l’informatique quantique est que nous ne voulons pas dépendre d’autres pays ou d’autres technologies », a expliqué le scientifique en chef de l’IQCC, Nir Alfasi, au Times of Israel. « Nous voulons être en mesure de développer notre propre technologie et ne pas être distancés dans cette course très importante. »

« Nous ne fabriquons pas d’ordinateurs quantiques, mais nous voulons les rendre accessibles à l’écosystème israélien – chercheurs, startups et coopérations – et faire bénéficier Israël de la technologie la plus avancée en matière d’ordinateurs quantiques », a ajouté Alfasi.

Fondée en 2018 par des experts en électronique quantique primés, les docteurs Itamar Sivan, Yonatan Cohen, et Nissim Ofek, Quantum Machines développe des solutions matérielles et logicielles pour le contrôle et le fonctionnement des systèmes quantiques afin de faciliter la recherche et de permettre de futures percées. Elle a par ailleurs conçu le QUA, un langage universel standard pour les ordinateurs quantiques qui, selon la startup, permet aux chercheurs et aux scientifiques d’écrire des programmes pour divers ordinateurs quantiques en utilisant un code unifié.

Yonatan Cohen, directeur technique et cofondateur de Quantum Machines au Centre israélien d’informatique quantique de l’université de Tel Aviv. (Crédit : Dima Karminsky)

L’informatique quantique exploite la mécanique quantique et la physique abstraite pour effectuer de nombreux calculs simultanément, ce qui permet de résoudre rapidement des problèmes trop complexes pour les ordinateurs classiques les plus puissants. Les ordinateurs quantiques traitent exponentiellement plus de données que les ordinateurs conventionnels, en utilisant des bits quantiques, ou qubits, l’unité de base de l’information quantique.

Les géants de la technologie tels que Google, Microsoft, IBM et Intel rivalisent pour développer la prochaine grande machine et rendre l’informatique quantique plus pratique et plus accessible. Parallèlement, des pays comme la Chine, les États-Unis, l’Allemagne, l’Inde et le Japon consacrent également des fonds considérables au développement de leurs propres capacités quantiques, se disputant la suprématie dans ce qui promet d’être la nouvelle ère de l’informatique.

« Les centres de recherche en informatique quantique les plus avancés au monde sont tous fermés ou offrent un accès très limité aux personnes extérieures à leur organisation », a indiqué le Dr Itamar Sivan, PDG et cofondateur de Quantum Machines. « Il est impossible d’être compétitif si l’on doit parcourir la moitié du monde en avion pour un accès limité. »

L’IQCC, situé à l’université de Tel Aviv, sera équipé de trois ordinateurs quantiques de différents types de qubits exploités par le système de contrôle OPX de Quantum Machine, basé sur un processeur, ainsi que de ressources de calcul haute performance conventionnelles. Le centre est géré par une équipe de huit employés de Quantum Machines.

« Après avoir mûrement réfléchi à la manière de faire progresser l’informatique quantique, nous avons conclu que la construction du centre le plus avancé en termes d’interopérabilité, de modularité et d’intégration avec le calcul haute performance (HPC) et le cloud, serait la solution optimale », a indiqué Sivan. « Notre approche ouverte permettra d’assurer une mise à jour et une mise à l’échelle continues du centre afin de le maintenir à la pointe de la technologie, ce qui en fera un accélérateur pour l’ensemble de l’écosystème en Israël et au-delà. »

Le lancement du centre intervient alors qu’Israël est engagé depuis plus de huit mois dans une guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, et que des milliers de travailleurs de la technologie et de fondateurs de startups ont été mobilisés en tant que réservistes pour participer aux combats.

Yonatan Cohen, directeur technique et cofondateur de Quantum Machines au Centre israélien d’informatique quantique de l’université de Tel Aviv. (Crédit : Dima Karminsky)

Alfasi a également souligné l’impact de la guerre sur les préparatifs de l’ouverture de l’IQCC : certains membres du personnel ont été rappelés pour effectuer leur devoir de réserve, ce qui a retardé les travaux de construction.

« Nous avons tout d’abord eu du mal à faire venir des ingénieurs de Finlande ou d’Angleterre pour installer les systèmes internationaux », a poursuivi Alfasi. « Lorsque les gens ne voulaient pas venir ou que nous ne pouvions pas les faire venir en Israël, nous avons procédé à distance. »

La start-up a réussi à surmonter ce « défi supplémentaire », qui a retardé le lancement du centre. Alfasi décrit le centre comme étant le « banc d’essai le mieux équipé au monde » pour le développement de nouvelles technologies d’informatique quantique.

« Avant l’IQCC, le développeur d’une puce de processeur quantique devait construire sa propre installation de test, ce qui coûtait des millions », a expliqué Cohen, directeur technique de Quantum Machines. « Dorénavant, les chercheurs pourront brancher leur puce sur notre banc d’essai et bénéficier de l’installation la plus avancée au monde, accélérant ainsi leur processus de développement et réduisant les coûts de manière significative. »

En prévision de l’ouverture de l’IQCC, Quantum Machines s’était associé en mars dernier au géant américain des jeux et de l’infographie Nvidia pour mettre au point un nouveau système matériel permettant de connecter et d’intégrer des ordinateurs quantiques à des ordinateurs classiques. Le nouveau système, Nvidia DGX Quantum, sera déployé pour la première fois à l’IQCC.

« L’informatique quantique n’est pas encore vraiment utile dans la vie de tous les jours », a indiqué Alfasi. « Selon nous, la prochaine étape sera le calcul haute performance hybride quantique et classique, qui devrait libérer tout le potentiel de l’informatique quantique. »

Selon une étude de Fortune Business Insights, le marché mondial de l’informatique quantique devrait dépasser les 12,6 milliards de dollars d’ici à 2032, soit une croissance rapide par rapport aux 885,4 millions de dollars de l’année dernière.

Le nouveau centre d’informatique quantique fait partie de l’initiative nationale quantique israélienne de 1,25 milliard de shekels, lancée en 2018 pour faciliter la recherche quantique pertinente, développer le capital humain dans le domaine, encourager les projets industriels et inviter à la coopération internationale en matière de R&D.


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