Discours de M. Gabriel ATTAL, Premier ministre 38e Dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Tribune juive)

Contributions

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Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Madame la Première ministre, Messieurs les Premiers ministres,
Monsieur le Président du Conseil économique, social et environnemental,
Mesdames et Messieurs les préfets,
Mesdames et Messieurs les députés, sénateurs, et députés européens,
Madame et Messieurs les présidents de régions,
Madame la maire de Paris,
Mesdames et Messieurs les maires et les élus,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le président du consistoire central,
Mesdames et Messieurs les responsables des cultes,
Monsieur le président du CRIF, cher Yonathan ARFI,
Mesdames et Messieurs,

C’est un document qui ne me quitte jamais.
Il est encadré, dans mon bureau.
C’est un document un peu jauni par le temps, à l’encre légèrement effacée, mais dont le sens et l’horreur ont traversé, intacts, les années.

Sur ce document, je lis un nom, celui de ma grand-mère, Janine Weil.
Je lis cette phrase : « le commissaire de police donne acte qu’il a, ce jour, satisfait à la loi du 2 juin 1941, portant recensement des juifs ».

Car ce document, c’est le récépissé qui lui a été donné après avoir retiré son étoile
jaune au commissariat, en juillet 1941.

Cette étoile, c’était une condamnation à mort.
Et ce récépissé en était le visage froid, technique, administratif.
Ce récépissé, je le garde toujours dans mon bureau, comme un rappel.

Le rappel de l’infamie qu’a commis notre pays, en se rendant complice et coupable
d’antisémitisme. Car dans ces heures, notre pays tourné le dos à son Histoire et s’en
est pris aux siens, aux Français juifs, ostracisés, humiliés, spoliés, déportés.

Le rappel que la haine est sans limite, qu’elle est une machine infernale qui emporte
et broie avec elle toute trace d’humanité.

Le rappel de ce qu’est l’antisémitisme. De ce qui a été accompli au grand jour, en son nom. De ce qui se passe quand on ne le condamne pas, quand on ne le combat pas.

Alors pour moi, pour moi qui suis né en 1989.
Pour moi qui n’ai pas connu la guerre, dont les parents n’ont pas connu la guerre.
Pour moi, pour ma génération, qui a peut-être cru trop vite que le progrès était éternel, que la paix était durable par principe, que la liberté et l’égalité étaient acquises.
Pour moi, comme pour ma génération, ce document est un rappel nécessaire,
salutaire.
C’est aussi un vertige.
Vertige de se dire qu’il y a 80 ans seulement, on forçait en France, des femmes, des
hommes, des enfants, à porter l’étoile jaune dans la rue.

Vertige de comprendre que la mémoire est mortelle, à mesure que les voix des
derniers survivants s’éteignent. Isabelle Choko, Magda Hollander-Lafon, Claude Bloch : ces derniers mois ont encore été cruels et chacun d’eux portaient une part de la vérité qu’il nous appartient de perpétuer.

Mais le plus grand des vertiges, c’est celui qui me saisit en regardant l’actualité.
C’était il y a 8 décennies, mais soyons lucides : cela pourrait être demain.
Souvent l’Histoire trébuche. Elle n’en serait pas à son premier bégaiement.

Car oui, je le dis sans ambages : nous faisons face à une vague d’antisémitisme. Une
vague d’une ampleur rare, plus forte, plus violente, plus relayée, plus établie, qu’elle
ne l’a été au cours de ces dernières années.

Cette vague puissante, chacun connaît l’onde qui l’a réveillée : c’est le 7 octobre.

Il faisait beau en Israël ce jour-là.

Dans des villages, dans des kibboutz, dans des fêtes, des familles ne demandaient qu’à vivre ensemble, des enfants à grandir, des jeunes à profiter de l’insouciance de leur âge, des personnes âgées à vieillir en paix.
Ils ne demandaient rien que de vivre, mais la barbarie en a décidé autrement.
Mais la monstruosité du Hamas s’est interposée.
L’horreur du terrorisme, de l’islamisme les a emportés.

Ce jour-là, plus de 1200 personnes ont perdu la vie.
Ils avaient tous les âges, toutes les opinions, tous les avenirs.
Parmi eux, 42 Français. 42 de nos compatriotes, emportés dans ce qui est l’attentat le plus meurtrier pour la France depuis le Bataclan.

Ce jour-là, 240 personnes ont été prises en otage.
Eux aussi, ont tous les destins et pour certains, ils ne sont que des nouveau-nés, toute,leur vie est à écrire.
Mais la barbarie islamiste ne s’arrête pas à cela. Elle ne recule jamais devant rien.
Aujourd’hui, plus de 130 otages sont encore retenus à Gaza.
Parmi eux trois Français : Orion Hernández Radoux, Ohad Yahalomi, Ofer Kalderon.
Trois Français dont je tiens comme vous, Monsieur le Président, à redire les noms, car nous ne les rappelons pas assez.
Trois Français dont je veux dire les noms, car nous ne les oublions pas.

Depuis le premier jour, autour du Président de la République, et en lien avec certains
Etats de la région, la France est à l’initiative pour obtenir la libération des otages.
Devant vous, j’en prends à nouveau l’engagement, et je vous donne ma parole : nous
n’abandonnerons pas. Nous n’abandonnerons jamais.

Ce jour-là, ce 7 octobre, toutes les ignominies ont été commises.
Les viols. Les égorgements. Les bébés sur lesquels on s’acharne. Les femmes éventrées.
Les vieillards humiliés avant d’être massacrés.
Et le tout, le tout au son des cris de joie des terroristes du Hamas.
Le tout au son des exclamations des terroristes, qui, ivres de bonheur, criaient : « mort aux juifs » et appelaient leurs proches pour annoncer fièrement leurs crimes.

Alors, aujourd’hui, avec vous, je veux rendre hommage aux victimes.
Avec vous, aujourd’hui, je veux dire ma fierté de la décision du Président de la
République de rendre hommage à ceux du 7 octobre. Nous sommes le seul pays au
monde à avoir rendu un hommage national aux victimes. C’était justice et c’est
l’honneur de la France.


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