De l’ombre à la lumière ? (Par Michel Senamaud)

Contributions

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Alors que le principe d’égalité entre les hommes et les femmes s’impose dans tous les domaines politique, civil et social avec la recherche d’une parité de plus en plus rigoureuse, on doit constater, – et le problème n’est pas nouveau – que la place des femmes dans les synagogues orthodoxes(consistoriales en France) est souvent des plus réduite.

L’espace qui leur est réservé est fréquemment restreint et masqué aux yeux du public masculin qui risquerait sans cela d’y perdre son latin … pardon, son hébreu. Le rôle qui leur est assigné est celui de spectatrice de cérémonies dans lesquelles elles n’ont aucune part, sauf à suivre passivement, et d’une certaine façon à faire oublier leur présence.

Il faut le dire : cette situation qui place les femmes juives dans une assignation d’infériorité est humiliante non seulement pour elles-mêmes, mais pour tous ceux hommes ou femmes qui ne comprennent pas que ces discriminations perdurent et qu’elles puissent trouver leur source dans des textes que nos Sages ont su, dans d’autres domaines, faire évoluer au fil du temps.

Pourquoi, comment, quelle est l’explication de ces pratiques discriminatoires ?
La première des réponses de nombreux « initiés » est de dire qu’il en a toujours été ainsi depuis des temps immémoriaux, qu’il s’agit de vérités immuables, essentielles et intemporelles et que cela correspond à un partage des rôles au sein du couple juif, des rôles complémentaires, mais non équivalents, la place de la femme étant au foyer où elle est la pièce fondamentale pour l’équilibre du couple et l’éducation des enfants.

Avec l’évolution de la société contemporaine caractérisée par l’accès progressif des femmes à toutes les fonctions et métiers, et pour certaines aux responsabilités les plus élevées au niveau politique et social jusqu’à la reconnaissance de la Nation au Panthéon, parle partage des tâches au sein des couples, la gestion paritaire de la famille, la disparition du patriarcat et l’existence en grand nombre de familles monoparentales, les femmes peuvent prétendre aujourd’hui, et à juste titre, à se voir reconnaître la place qu’elles méritent au sein des institutions juives, et notamment dans le rituel synagogal.
Cette situation d’exclusion est d’autant plus injustifiée qu’elle ne repose selon d’éminents spécialistes sur
aucune règle halakhique, mais sur des coutumes instaurées par des hommes dans le contexte social d’une époque révolue.

Le Professeur Liliane Vana, Docteur en sciences religieuses, talmudiste et philologue, qui s’exprime
uniquement dans le cadre strict du judaïsme rabbinique orthodoxe, défend – arguments halakhiques à l’appui – l’inclusion des femmes dans la synagogue dans le respect des exigences de la Halakha et estime que rien ne s’oppose à ce que les femmes orthodoxes montent à la Torah, lisent la Torah, portent un Taleth et embrassent le Sefer Torah, prennent la parole en public et prononcent un discours dans la synagogue, et enfin accèdent non seulement à l’étude de la Torah, mais aussi de la loi orale et de la Halakha, sans être cantonnées à la simple lecture des règles pratiques de la vie quotidienne.
Depuis le début des années 1980, la lecture de la Torah par les femmes orthodoxes a été développée aux Etats-Unis, et ensuite en Israël et en Grande Bretagne ; beaucoup d’écoles talmudiques pour filles y ont été ouvertes.

En France, dès 2012, le Professeur Liliane Vana elle-même a initié et développé la lecture publique de la Torah en conformité avec la Halakha orthodoxe dans le cadre de la Communauté Lecture Sefer – Minyan orthodoxe participatif. De son côté, Joëlle Bernheim, psychanalyste et épouse du grand rabbin Gilles Bernheim, a lancé également en 2012, la Maison d’étude juive au féminin (EJAF) pour encourager les femmes à étudier l’ensemble des textes juifs, Cet accès à l’éducation a non seulement été admis, mais encouragé par tous, dont M. Le Grand Rabbin de France.

La phase suivante est inéluctablement la revendication d’une place légitime dans le rituel synagogal.


Le temps n’est-il pas venu de faire sortir les femmes de l’ombre des synagogues pour les faire
accéder aux Lumières de la Torah, sans nul doute au prix d’un renoncement à une certaine forme de supériorité masculine empreinte de misogynie ou de machisme ?
Le temps n’est-il pas venu de mettre fin à cette situation dans le pays où la Déclaration des Droits de l’Homme a été initialement inscrite sous la forme de Tables de la Loi, incarnant une référence universelle de justice et d’égalité ?


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