le commentaire de la paracha de la semaine

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Cérémonie hommage Léonce Vieljeux (par Christiane GACHIGNARD)

Monsieur le Préfet
Monsieur le Député
Monsieur le Maire
Mesdames, Messieurs

Camp de Natzweiller-Struthoff en Alsace annexée, Henri Gayot, membre du groupe Honneur et Patrie, condamné à la déportation se souvient : « le 31 août 1944 à la rentrée des kommandos, à 18 heures, nous
sommes consignés dans nos baraques. Le lendemain, même situation. Aucun détenu ne sort du camp pour aller au travail. Aucun contact n’est possible avec l’extérieur. Dans la nuit, défilé interminable de camions[ .. .]»
Les jours suivants, il se confirme que cette nuit-là, du 1er au 2 septembre 1944, des hommes, des femmes,
ont été exécutés et incinérés.

1er septembre 1944, camp de sûreté de Schirmeck-Vorbrück, les détenus de la baraque 10 sont prévenus, leur transfert est imminent, s’agit-il d’un repli du camp ? Malgré leur isolement, ils savent les débarquements de Normandie et de Provence, la libération de Paris et l’avance des armées alliées vers l’Alsace. Nous ignorons tout de leurs pensées quand, cc 1 cr septembre, à 22h.30 le camion arrive et,
méthodiquement par groupe de 12, commence sa rotation : les prisonniers du bunker puis de la baraque 10, les résistants vosgiens de la baraque 11, et, en toute fin les femmes du garage, soit plus de 140 femmes et hommes dont 106 agents du réseau Alliance ou assimilés parce qu’ils ont eu à connaître des activités de l’organisation selon la définition donnée par Julius Gehrum, chargé de l’enquête à l’AST de Strasbourg.s ervice de contre-espionnage dépendant directement de Berlin.

Pour nous Rochelais c’est toujours avec émotion que nous faisons mémoire de cette date et de ce massacre qui concerne des Rochelais et Rochelaises dont le plus éminent, Léonce Vieljeux, devenu le symbole du refus depuis le 23 juin 1940 jusqu’au jour de son arrestation le 14 mars 1944. Depuis l’été 1943, avec leur capacité d’analyse de la moindre information ou imprudence, et le travail des agents doubles infiltrés, les services allemands de contre- espionnage avaient lancé, à l’échelle nationale, la traque contre ce réseau Alliance qu’ils surnomment l’Arche de Noé, réseau trop performant à leurs yeux. Le 7 décembre, arrestation à Bordeaux de plusieurs agents dont Koenigswerther le responsable régional de la zone Hangar dont dépend La Charente maritime depuis l’été 1942 . Les documents saisis sont trop explicites sur les informations transmises par Franck Gardes, qui s’était fait embaucher à la base et son beau-frère Louis Gravot grutier aux Chantiers Navals. Un travail de qualité reconnu par les services britanniques et utilisé par Julius Gehrum pour le procès de Léon Faye, chef militaire national du réseau.

Alertés, le Commandant de la Motte Rouge et Jean Godet responsables l’Alliance à La Rochelle quittent la
ville. Franck Gardes et Louis Gravot obtiennent des congés, manquant de moyens, argent et faux papiers
pour partir ils s’adressent à Léonce Vieljeux qui connait leur famille. 11 accepte de les aider, les dirigeant
vers son petit-fils Yann Roulct, pasteur à Mougon où ils restent quelques jours chez Etienne Girard. Franck
Gardes part finalement vers la Vendée, Louis Gravot vers Bègles, il y sera arrêté le 22 décembre avec Pierre Audevie, celui qui leur avait fait rencontrer Koenigswerther.

Le piège se referme, le 7 janvier c’est l’arrestation du commandant de la Motte Rouge et de Franck
Gardes revenus auprès de leur famille, à La Rochelle. Le 12 janvier, l’opérateur radio, Georges Emonin,
arrêté pour sa participation à un autre réseau, faute de preuve allait être libéré. Il est retenu au fort du Hâ, à Bordeaux, tandis que son épouse Marcelline, qui a détruit le poste émetteur, el son fils Max sont arrêtés à La Rochelle. Tous sont dirigés vers Poitiers, prison de la Pierre Levée, pour l’enquête menée par les services régionaux. Transférés à Fresnes, ils font partie du transport d’agents d’Alliance qui quitte Paris le 9 mars pour Strasbourg. Faute de place dans les prisons allemandes, ils sont dirigés vers le camp de Schirmeck-Vorsbrück où ils arrivent le 10. Les Rochelais sont incarcérés, dans les cellules du bunker, les autres prisonniers baraque 10, Marcelline Emonin et les femmes du convoi sont isolées au garage. Max Emonin est dirigé vers Dachau au bout de quelques semaines.

A La Rochelle, tout semble calme, la routine, fin février 1944, la geslapo adresse à la police française une demande d’informations sur un certain nombre de personnalités, officiers ou sous-officiers en congé d’armistice ou de réserve. Léonce Vieljeux figure sur cette liste. Le commissaire Louis Bobin nous a laissé son témoignage : « Nous avons décidé de prévenir celui-ci afin qu’il quitte La Rochelle [ … ] je me sais rendu chez lui[ .. .] je l’ai mis au courant de l’enquête dont il était l’objet et lui ai conseillé de quitter rapidement notre région. Dans une longue conversation, M. Vie/jeux m’a expliqué ses difficultés avec les Allemands lors de leur entrée à La Rochelle, les réponses qu’il avait faites et il m’a dit qu’ayant été avec ses concitoyens dans la joie, il désirait rester avec eux dans le malheur. » sur l’insistance du commissaire, Léonce Vieljeux concède qu’il va réfléchir mais que sa décision « serait probablement maintenue. »

Rester avec ses concitoyens dans le malheur. Cette réponse ne peut nous étonner, elle donne tout le sens de son attitude depuis le 23 juin 1940 et sa destitution, son engagement au Secours National et à la solidarité Rochelaise, et l’aide qu’il apporte sans hésiter à Franck Gardes et Louis Gravot. Le 71 mars, il apprend l’arrestation de son petit-fils, il s’emploie à tout tenter pour le faire libérer, en vain. Est-il étonné lorsqu’au petit matin du 14 mars, les agents du SD de Poitiers se présentent à son domicile ? Au même moment, son neveu Frank Delmas, Jacques Chapron et Joseph Camaret connaissent le même sort. Pour eux, l’enquête commence à la prison de Lafond, puis le 23 mars, à Poitiers, à La Pierre Levée, où sont Yann Roulet et Etienne Girard. Le27 avril, ils sont transférés à Fresnes pour quelques heures, dès le 28 , le transport l.198 les emmène vers Strasbourg et la baraque 10 de Schirmeck-Vorbrück.

De quoi sont-ils accusés ? Léonce Vieljeux, Yann Roulct, Etienne Girard, Jacques Chapron sont coupables d’avoir aidé des espions. Frank Delmas, Joseph Camaret, sont accusés d’avoir été contactés pour donner des informations ce qu’ils nieront jusqu’au bout. Avec les archives dont nous disposons aujourd’hui, nous pouvons dire que Frank Delmas a bien transmis des messages, et que Joseph Camaret par ses fonctions de directeur des Chantiers et membre actif du Comité l’Organisation de la Construction navale était, à la Pallice, au coeur du sous-réseau Sea star qui s’étendait de Brest à Bordeaux. C’est lui aussi qui a facilité l’embauche de Franck Gardes à la base en décembre 1942 et signé le congé de Louis Gravot en décembre 1943. Jacques Chapron par ses contacts dans l’île de Ré était lui aussi un informateur.

En juillet 1944, l’enquête est officiellement close, leur procès se prépare, du moins c’est ce qui leur a été annoncé. La réalité est toute autre, depuis le mois de mai, un ordre est arrivé de Berlin, tous les agents
d’Alliance devront être éliminés.

En cette nuit du 1er/2 septembre 1944, ont été abattus d’une balle dans la nuque.
Léonce Vieljeux, 79 ans, Yann Roulet, Etienne Girard.
Z 751,Joseph Camaret,
Z 752, Louis Gravot, alias Cabillaud
Z 753, Franck Gardes, alias Homard
N 51 Jacques Chapron,
N 54 Frank Delmas,
Georges Emonin alias Karamia, le radio.

Nous aurons une pensée particulière pour son épouse Marcelline Emonin, el pour une autre femme, la rochelaise Yvonne Coindeau agent S.70, arrêtée avec son époux qu’elle secondait à la responsabilité du secteur de Nantes. Avec les femmes du garage, arrivées au Struthof, elles ont entonné une Marseillaise vite étouffée.

A leur sacrifice, associons le commandant de la Motte-Rouge décédé au bunker, le 22 avril.

Notables, ouvriers, négociants, artisan, pasteur, agriculteur, hommes et femmes, ils sont l’image de la diversité et de la richesse de la Résistance. Leurs origines, leur parcours personnel, tout aurait pu les éloigner, mais ils se sont retrouvés pour un même but, ils se sont retrouvés pour vivre et défendre des valeurs auxquelles ils croyaient : la liberté, la tolérance, la solidarité, le respect. et valeur suprême : le service de la France, le bien de la Patrie. Nous les honorons aujourd’hui, n’oublions pas leur exemple. Faire mémoire n’est pas un devoir. Faire mémoire, transmettre, sont une nécessité.


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