le commentaire de la paracha de la semaine

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Berouriah, la femme de Rabbi Haness

Comme vous le savez derrière un grand Homme, il y a une grande Femme !
Tout le monde connait Rabbi Meîr Baal Haness mais savez-vous qui était sa femme ?

Il n’est pas courant de trouver dans le Talmud un nom de femme. Les noms mentionnés habituellement sont ceux de nos grands Tannaïm et Amoraïm, les maîtres de notre peuple. Nous y rencontrons cependant de temps en temps celui d’une femme juive de mérite, dont la sagesse, la piété et le savoir demeurent jusqu’à nos jours une source vive d’inspiration. C’est le cas de Berouriah.

Elle vécut environ un siècle après la destruction du second Beth-Hamikdache, c’est-à-dire il y a plus de mille huit cents ans. Qu’elle eut tant de qualités morales et intellectuelles ne nous étonne guère; elle avait de qui tenir, car elle était la fille de l’illustre Rabbi ‘Hanina ben Teradione, l’un des « Dix Martyrs » qui furent mis à mort pour avoir propagé les enseignements de la Torah parmi les Juifs.

Quand les Romains surprirent Rabbi ‘Hanina porteur d’un rouleau de la Torah, ils l’envoyèrent au bûcher, condamnant à la même peine sa femme et sa fille. On enroula le rouleau autour de son corps, puis on enveloppa celui-ci d’éponges mouillées afin que la combustion en fût ralentie. Le supplice s’en trouvait ainsi prolongé.
Mais jusqu’au bout, la fermeté et le courage de Rabbi ‘Hanina ne se démentirent pas un instant. Cette attitude ébranla son bourreau romain à tel point que celui-ci ôta à un moment donné les éponges afin d’atténuer les souffrances de sa victime, puis se jeta lui-même dans les flammes pour mourir avec le saint.
On peut comprendre qu’une fille d’un tel homme eût plus qu’une autre la vocation de la grandeur. Nous apprenons, en effet, par le Talmud que les vertus de Berouriah la rendaient digne non seulement d’un père comme le sien, mais aussi d’un mari, un Sage et non des moindres, le saint Rabbi Méir, l’un des maîtres les plus éminents en matière de Michna.

Le Talmud nous raconte beaucoup d’histoires sur Berouriah. Elle contraste avec les autres femmes; elle étudiait tous les jours trois cents points relatifs à la Halakhah (loi juive), ce qui, même pour un homme qui consacre rout son temps à l’étude, constituerait un exploit extraordinaire. Aussi les Sages la consultaient-ils fréquemment sur des points de droit, spécialement sur les lois s’appliquant aux femmes. Par exemple, les Sages, professant des opinions différentes sur la loi relative à la pureté, recherchaient l’arbitrage de Berouriah sur la question. Rabbi Judah se rangeait à ses côtés et reconnaissait son autorité en la matière.
Un cas se présenta un jour mettant en conflit de doctrine Berouriah et son frère Rabbi Chimone. Un éminent érudit, l’une des sommités de l’époque, fut appelé à le trancher « En fait d’érudition, dit-il, Berouriah, la fille de Rabbi ‘Hanina, est plus grande que le fils de celui-ci, Rabbi Chimone. »
Elle était très versée dans les Écritures et elle étayait ses explications de nombreuses citations. Voici, puisés dans le Talmud, quelques épisodes de sa vie qui illustrent bien le côté exceptionnel de son caractère et de son esprit: elle avait une sœur à qui les Romains laissèrent la vie, mais pour l ‘amener à Antioche où ils voulurent la contraindre à une vie de honte et de débauche.
Berouriah pressa son mari de se rendre dans cette ville pour sauver sa soeur. Non seulement Rabbi Méir y réussit, mais il entreprit des investigations qui l’amenèrent à obtenir des témoignages sur l’absolue pureté de sa belle-soeur, ce qui était d’une grande importance pour son avenir. Cette enquête l’obligea à fuir de Terre Sainte. Berouriah suhit son mari à Babylone afin de partager son exil.
Berouriah et son mari avaient des voisins grossiers et brutaux dont les beuveries gênaient fort Rabbi Méir ; son étude de la Torah s’en trouvait entravée. Irrité, Rabbi Méir pria un jour Dieu afin qu’il le débarrassât de ces turbulents perturbateurs. L’ayant entendu, Berouriah lui dit avec douceur: « Le Psalmiste dit « Puissent les péchés disparaître de la terre ». Tu vois, le mot est péchés et non pécheurs. Nous devons prier pour que le mal disparaisse; alors il n’y aura plus de méchants. »

Le trait le plus célèbre et le plus émouvant qui souligne la piété, la sagesse et le courage de Berouriah est celui relatif à la mort de ses deux fils bien-aimés. Cela eut lieu un Chabbat alors que Rabbi Méir se trouvait au Beth-Hamidrache. Un mal aussi violent que soudain emporta les deux enfants avant qu’on ne pût rien faire pour les sauver.

Berouriah couvrit les corps sur leurs lits et ne souffla mot à personne du terrible malheur qui la frappait. La nuit venue, Rabbi Méir rentra et s’informa des enfants. D’un ton qu’elle s’appliquait à rendre naturel, sa femme lui dit qu’ils étaient sortis. Calmement elle prépara la Havdalah, la coupe de vin, la lumière et les épices; et plus tard elle s’arrangea pour occuper son mari pendant qu’elle s’affairait à servir le Melavé Malka, le repas du soir par lequel un Juif accompagne le départ de la « Reine Chabbat ». Rabbi Méir mangea. Quand il eut fini, Berouriah lui demanda:

– Mon époux; que faut-il que je fasse ? Il y a quelque temps un dépôt m’a été confié. Le propriétaire est maintenant revenu et le réclame. Dois-je le lui rendre ?

– Voilà une question bien étrange, s’exclama Rabbi Méir au comble de l’étonnement. Comment peux-tu douter du droit du propriétaire à reprendre ce que lui appartient ?

– Eh bien, je ne voulais pas effectuer cette restitution sans que tu ne sois mis au courant, répondit Berouriah.

Elle conduisit alors son mari dans la chambre où leurs deux fils dormaient de leur sommeil éternel, et releva les couvertures. Rabbi Méir, voyant les corps inanimés de ses enfants bien-aimés, éclata en
sanglots.

– Mon cher époux, lui dit doucement sa femme, n’as-tu pas affirmé tout à l’heure qu’un propriétaire a le droit de réclamer ce qui lui appartient? D.ieu a donné. D.ieu a repris ; que le nom de D.ieu1 soit béni.


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