le commentaire de la paracha de la semaine

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À propos (par Geneviève WITTMANN)

Je suis née dans une famille chrétienne. Dans cette famille, on avait la Foi, on lisait la Bible, on allait à la messe le dimanche. La seule personne qui fut athée était -mon grand-père… Juif. Il était terriblement marqué par les horreurs dont il fut témoin dans son enfance, à Jassy en Moldavie – de sinistre mémoire … Persuadé que tôt ou tard l’antisémitisme renaîtrait de ses cendres, il s’est évertué à ne pas nous transmettre cette lourde identité. Il était terriblement anxieux pour nous, il a fait un drame quand nous avons prénommé notre fils aîné, David. Ma mère avait été enfant caché durant la guerre, mais elle ignorait pourquoi ! Elle relatait parfois avec émotion les mois qu’elle avait passés loin de sa famille dans un home d’enfants de l’Oise. C’est seulement quand elle a eu 70 ans qu’elle a découvert par hasard que ce home d’enfants n’était autre que le sauvetage d’enfants juifs entrepris à l’été 1943 par le pasteur Jean Jousselin, déclaré Juste parmi les nations.

Quand Israël a fêté ses 60 ans d’existence, il m’est apparu indispensable que nous nous y rendions en famille, avec mon mari et nos 3 enfants. À cette occasion, j’ai remonté le fil de ma généalogie et rencontré nombre de cousins dont j’ignorais totalement l’existence … Nombreux descendants des soeurs de mon arrière-grand-père, Haïm Ivainer. Léah et Sarah s’étaient établies en Eretz-Israël après-guerre. Ce printemps 2008, ce fut mon premier Shabbat. Nous étions au coeur d’un Moshav entre Jérusalem et Tel Aviv. Dans les petites rues ombragées résonnait la joyeuse rumeur des familles qui montaient par grappes vers la Shoul : les hommes en chemise blanche et veste noire, les femmes et les enfants ensuite. Les maisons restaient éclairées et le plat du dîner mijotait doucement. En approchant de la synagogue, je perçus les chants en hébreu entonnés avec ferveur par les hommes. La lumière du crépuscule, le silence alentour, la sérénité dans ce Moshav et ces chants … il me revint en mémoire les nombreuses prophéties de l’Éternel concernant son peuple et sa terre. Je fus saisie d’une vive émotion. Être témoin, là, de ces chants en hébreu, de cette ferveur qui témoigne de la fidélité de Dieu !

« Je les ramènerai dans le pays que j’ai donné à leurs ancêtres et ils le posséderont. » Jérémie 30 v.3.

C’est à l’occasion de ce premier Shabbat que je les ai rencontrés, tous mes cousins portant kippa, heureux de rencontrer l’arrière-petite-fille du docteur lvainer de Bucarest, leur arrière-grand-oncle ! Et moi si émue de me découvrir une grande famille tout à fait. .. juive. Au retour de ce voyage, nous nous sommes rapprochés de la communauté de Versailles et nous sommes inscrits à l’Oulpan. En mars 2012, la tuerie de Toulouse nous a ébranlés violemment. Nous connaissions bien M. Samuel Sandler alors président de la communauté. Les inquiétudes de mon grand-père s’avéraient fondées : l’antisémitisme renaissait bel et bien de ses cendres. J’étais le témoin direct du drame que vivait la famille Sandler, l’horreur absolue.

C’est à celte même époque qu’il m’est aussi apparu indispensable de sensibiliser mes amis chrétiens au monde juif et à la nécessité de nous poster comme des sentinelles autour des fils d’Israël. En tant que chrétienne, je ressentais cette exigence de bâtir des ponts entre l’Église et le peuple Juif et plus encore, de susciter de véritables amis d’Israël à travers les chrétiens sincères de ma connaissance. j’ai alors organisé deux voyages découverte de la terre d’Israël, puis j’ai lancé une série de conférences sur le monde juif, invitant à parler rabbin, journaliste, auteur etc.

Mon ami et rédacteur en chef d’Israël Magazine, André Darmon, m’a engagée pour réaliser une série de reportages sur les communautés juives de France. La Rochelle fut l’une de mes toutes premières et magnifiques destinations ! Puis il y a eu Lille, Rouen, Orléans, Besançon, Roanne, Pau, Colmar et bien d’autres encore ! Magnifiques rencontres et nouveaux liens d’amitié. Le monde juif de France m’a montré ses multiples facettes, son histoire inscrite dans la pierre depuis des siècles, son quotidien, ses perspectives, des synagogues d’une incroyable beauté, résolument modernes ou hélas, à l’abandon parfois.

Ce que mon grand-père m’a transmis à travers nos dialogues, son humour, son ouverture d’esprit, m’ont permis de me sentir proche du peuple juif, d’aller à la rencontre des communautés – intimidée certes de ne pas en connaître les coutumes, les traditions, les codes mais proche de coeur, car l’âme juive, elle, ne s’éteint pas ! Je le sais à présent, je suis une fille d’Israël et indiciblement fière de l’être.


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